La polémique Congrès Juif Mondial/Commission européenne

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Written by Franck Biancheri   
Thursday, 08 January 2004
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Masquer la réalité plutôt que la comprendre pour pouvoir la changer

Vos médias favoris se sont déjà largement étendus sur cette affaire initiée par une lettre adressée au Financial Times par des dirigeants du Congrès Juif Mondial à propos d'un Eurobaromètre qui indiquait que pour 59% des Européens, Israël était le premier Etat menaçant la paix mondiale (suivi ex-aequo par l'Iran et la Corée du Nord). Ce courrier accusait notamment le sondage et son commanditaire, la Commission européenne, d'être antisémites.

La polémique a rebondi après qu'on ait découvert que la Commission avait tenté d'empêcher la parution d'une étude concluant que la majorité des actes antisémites en Europe était le fait de minorités activistes musulmanes ou arabes.

Et enfin, tout cela a rebondi avec la récente annulation par la Commission d'un séminaire destiné à faire se rencontrer responsables de la Commission et leaders juifs, suite à de nouvelles accusations d'antisémitisme portées contre elle par certains de ces mêmes leaders. Essayons d'aller au-delà des apparences, des communiqués de presse car cette polémique nous en apprend beaucoup sur l'Union européenne en particulier, et le monde de ce début de XXI° siècle.

Des institutions européennes devenues allergiques à la réalité

Tout d'abord, cette polémique nous révèle une évidence pour tous ceux qui connaissent Bruxelles et son fonctionnement. La Commission s'est piégée elle-même dans une culture du secret et de la dissimulation qui affecte toutes ses activités. Le cas de ce rapport sur les actes d'antisémitisme n'a rien de particulier. Depuis plus d'une décennie au moins, la pratique de la Commission est d'enterrer tous les rapports qui peuvent lui créer le moindre problème. Par exemple, les évaluations de ses propres politiques ou programmes sont l'objet de manipulations intensives afin d'en éliminer tout ce qui pourrait indiquer qu'ils fonctionnent mal.

Dans le cas de ce rapport, la Commission, qui est devenue l'organe communautaire le plus faible, a certainement tenté de se protéger de sa hantise actuelle : le Parlement européen (qui pourrait la contraindre à une démission collective comme ce fut le cas indirectement pour la Commission Santer en 1999), qui comprend un groupe important et influent de membres pro-palestiniens et pro-arabes. Ce faisant, elle a sous-estimé la capacité du monde extérieur à savoir ce qui se passe au sein de son immense appareil de bureaux d'étude et de sociétés de conseil et n'a pas anticipé qu'à vouloir se protéger d'une crise par l'omission, elle s'exposait de facto sur un autre front.

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La Commission, et les autres institutions européennes, doivent comprendre que du fait de l'importance croissante de l'UE, elles sont désormais exposées (les récentes lettres piégées en sont une autre preuve). Et qu'à l'époque d'Internet, du fait d'une telle visibilité, tenter de gérer son action politique par des omissions ou des manipulations de résultats est tout simplement suicidaire. Une génération entière de fonctionnaires communautaires, élevés dans ces pratiques anciennes est donc à remplacer rapidement.

ONG internationales ou les tentations du détournement d'opinion publique

Ensuite, cette polémique nous montre la captation de grands dossiers politiques internationaux par certaines ONG. Le Congrès Juif Mondial est une ONG comme le sont, dans d'autres domaines moins chargés d'histoire, Attac ou Greenpeace. Les ONG ne sont représentatifs que de leurs membres et tentent pourtant souvent de parler au noms de tous ceux qu'ils aspirent à représenter. Pour ce faire, ils ont besoin de parvenir à une reconnaissance médiatique mondiale .... et de s'y maintenir.

S'y maintenir implique de pouvoir régulièrement alimenter les polémiques dont sont friands nombre de médias car elles permettent de parler sans savoir (puisque les textes sont fournis clés en main par les parties en présence).

La polémique a ainsi comme caractéristique de ne pas chercher à résoudre un problème, mais de viser à renforcer la position de ceux qui la nourrissent ; ce qui revient en fait sans s'en rendre compte à alimenter le problème lui-même. Et c'est bien ce qui se passe ici. L'anti-sémitisme est en effet présent en Europe, comme il l'est d'ailleurs aux Etats-Unis (notamment dans les rangs des chrétiens fondamentalistes qui actuellement soutiennent la politique du Premier Ministre d'Israël, Ariel Sharon) ; tout comme le racisme en général. L'UE, ses institutions et ses Etats-Membres, comme le gouvernement américain, luttent avec conviction pour faire reculer cette perversion intellectuelle et morale qu'est le racisme.

Ne tuez pas le messager, écoutez le message

La polémique actuelle s'est ainsi focalisée sur les messagers, et non pas sur les messages, qui sont pourtant la seule chose importante. Ainsi, le fait d'apprendre simultanément que 59% d'Européens placent Israël en-tête des pays menaçant la paix dans le monde et que des minorités activistes musulmanes sont au cœur des actes anti-sémites dans l'UE, sont des informations importantes et utiles pour tous ceux qui veulent faire reculer l'antisémitisme et le racisme car elles désignent des faits, une réalité. Se voiler la face (comme la Commission a tenté de le faire) ou jeter l'anathème (comme l'ont fait des dirigeants du Congrès Juif Mondial), loin de régler le problème contribue au contraire à l'alimenter.

Pour empêcher ces groupuscules appartenant à la communauté musulmane de commettre des actes anti-sémites encore faut-il qu'on reconnaisse qu'ils existent et qu'on en parle, notamment aussi pour faire la distinction entre eux et la majorité des musulmans vivant en Europe. Pour empêcher un renouveau d'anti-sémitisme en Europe, il est utile de savoir que la politique actuelle d'Israël peut aisément lui servir d'argument pour un nombre croissant d'Européens. D'ailleurs, loin d'appartenir à deux camps s'affrontant comme voudraient le faire croire certains, la communauté juive est très divisée sur la politique actuelle de l'Etat d'Israël ; et nombre d'Européens sont très critiques des pratiques de dissimulation de la Commission européenne.

La polémique cherche toujours à créer des camps qui s'affrontent ; le débat vise à essayer de résoudre un problème. Comme nous le faisons ici, Newropeans Magazine s'essaiera toujours au deuxième exercice.

Franck Biancheri
Paris (France)


Last Updated ( Thursday, 30 June 2005 )
 
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Conférence-Débat Justice en Europe

La deuxième rencontre du cycle
LA DEMOCRATIE EN DANGER”,
consacrée à la Justice en Europe

Le lundi 13 septembre
de 19h30 à 22h00
Salons de l’Aveyron
17 Rue de l'Aubrac
75012 Paris


A l’heure où les discours et les mesures sécuritaires et judiciaires se durcissent dans nombreux pays européens, où l’on sait les atteintes aux droits les plus élémentaires et aux principes fondamentaux des simples citoyens, quels traitements sont réservés à ceux qui tiennent les pouvoirs politiques, financiers, économiques entre leurs mains? Une conférence-débat organisée dans le cadre du cycle La démocratie en danger par Les Amis de Beppe Grillo à Paris et le NewropMag.

Intervenants: les députés européens Luigi De Magistris, Sonia Alfano et Rosario Crocetta ; Harald Greib, vice-président de Newropeans en charge des affaires des institutions européennes ; Eric Alt, magistrat, membre de l’association MEDEL (magistrats européens pour la démocratie et les libertés) et de l’association Anticor, et Corinne Lepage, députée européenne et ex Ministre de l’environnement, engagée dans la lutte contre la corruption politique et financière.

Parmi les sujets de discussion:
- L'infiltration des organisations criminelles et le vide législatif relatif en Europe
- Les récentes dépénalisations des crimes financiers et économiques en Italie, en France et leur traitement au sein des institutions européennes
- Présomption d'innocence ou de culpabilité? L'exemple de la “loi bâillon” sur les écoutes téléphoniques qui viole les recommandations de l’OSCE concernant l’emploi de sources et de matériels nécessaires aux investigations journalistiques au service de la démocratie.

Contacts:
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