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Le Sommet européen de Bruxelles a considérablement clarifié la situation par rapport à la question turque. Loin de constituer cette fameuse étape vers l'adhésion de la Turquie à l'UE d'ici 10 ou 15 ans comme l'ont répété à l'envie les Verts ou autres irresponsables européens (de Blair à Berlusconi), la décision européenne représente de facto la première étape de la marche turque vers un partenariat privilégié. Plusieurs facteurs illustrent cette réalité.
Tout d'abord, les forces opposées à l'entrée de la Turquie dans l'UE, largement majoritaires dans l'UE, sont désormais mobilisées face à une éventualité claire. Pendant des années, le caractère quasi-secret du processus les empêchait d'agir efficacement et publiquement. Ce n'est plus le cas dorénavant.
Deuxièmement, les forces en faveur de l'entrée de la Turquie dans l'UE sont désormais en proie au doute du fait de l'attitude très arrogante de M. Erdogan tout au long de ce sommet qui a visiblement refroidi plus d'un enthousiaste au sein du Conseil ; d'autant plus que dans le cadre du processus d'adhésion, c'est désormais à la Turquie de faire tous les efforts. Enfin, la montée irrésistible de l'opposition à l'entrée de la Turquie au sein des opinions publiques commence à faire réfléchir nos leaders qui sur ce thème ont des convictions très peu ancrées.
Enfin, le très faible enthousiasme de la population turque (4.000 personnes seulement à Istanbul pour fêter la nouvelle) commence à démontrer que les Turcs sont loin d'être convaincus que le processus d'adhésion soit un chemin viable pour leur pays; quant aux dirigeants turcs, il va leur falloir faire accepter par leur peuple des décisions qu'ils n'avaient pas imaginer devoir adopter (Chypre, génocide arménien, ....).
Autant dire que c'est bien le moment de préparer le plan B, celui du partenariat privilégié. C'est ce que présentera d'ailleurs Europe 2020 le 3 Octobre 2005: le projet de partenariat UE-Turquie qui sera probablement mis en place en 2010.
Soyons en effet réaliste! Ce ne sont pas les chefs d'Etat et de gouvernement réunis ces derniers jours à Bruxelles qui décideront de la suite à donner à la relation UE-Turquie. Ce sont plutôt les générations européennes montantes d'aujourd'hui, les 30/40 ans, qui choisiront d'ici 5 à 10 ans. Autant dire que l'analyse d'Europe 2020, qui est le seul think-tank de cette génération, aura valeur prédictive.
Pour le reste, ce week-end, avec la décision autrichienne de rejoindre la France sur la mise en place d'un référendum sur la question turque, se met en place la première caractéristique du partenariat privilégié avec l'UE: il concernera les pays auquels les institutions de l'UE auront ouvert la voie à l'adhésion mais auquels les peuples de l'UE n'ouvriront pas la porte du fait de rejets référendaires (d'ici 5 ans, au moins une dizaine d'Etat-membres auront rejoint la France et l'Autriche en la mati ère).
La Turquie sera le premier pays à expérimenter la "double condition" d'accession des prochaines décennies: un feu vert des institutions (Conseil, Commission, Parlement) et un feu vert des citoyens. Tant que les dites institutions ne représenteront pas les citoyens (comme on l'a vu sur le dossier turque), cette double conditionnalité sera généralement un piège pour les pays candidats à l'adhésion car ils écouteront les promesses des institutions, alors qu'in fine ce sont les peuples qui décideront. Mais ce sera aussi une leçon pratique de démocratie, pour les candidats et pour nos dirigeants.
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