Ataka : décryptage d’un radicalisme à la bulgare - 1ère Partie -

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Written by François Frison-Roche   
Wednesday, 14 September 2005
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Depuis quinze ans, l’extrémisme existait bel et bien en Bulgarie mais il était plus ou moins « canalisé » voire « absorbé » par les autres partis, de gauche comme de droite. Il était de toute façon occulté par tous les partis qui mettaient en avant la réussite d’un « modèle ethnique bulgare » dans les Balkans. La nouveauté est que ce phénomène extrémiste vient de prendre en 2005 son autonomie ; grâce notamment à un leader : Volen Siderov.

Image La coalition électorale « Ataka », qui a remporté 8,75 % des suffrages exprimés (296.848 voix) aux élections législatives du 25 juin 2005 en Bulgarie, s’est fait enregistrer comme parti politique en juillet auprès du tribunal de Sofia sous le nom de « Rassemblement national » . Pour se faire une idée de ses orientations politiques et de ses objectifs il n’est peut-être pas inutile de porter à la connaissance du public francophone l’appel de Volen Siderov aux Bulgares, l’abrégé de son programme électoral et les vingt principes d’action d’Ataka. Ce mouvement extrémiste bulgare a ses caractéristiques. Il convient donc d’étudier ce phénomène avec toute l’attention qu’il mérite.

Cet « appel », ce « programme abrégé » et ces vingt « principes » peuvent laisser perplexes ceux qui veulent « classer » politiquement ce « rassemblement » dans la mesure où il emprunte à divers registres du nationalisme et du populisme désormais bien connus en Europe. Il a également beaucoup à voir avec les clichés de l’ancien régime totalitaire et sa phraséologie. Il joue sur les frustrations, les peurs et les angoisses des bulgares accumulées depuis quinze ans. Extrémiste, le Rassemblement national l’est sans conteste - ne serait-ce que par son discours - mais de quelle tendance ? De droite ou de gauche ? A vouloir examiner le cas bulgare au prisme de la seule expérience occidentale, on risque de s’égarer et d’aboutir à des conclusions erronées.

Au soir des élections, une remarque sarcastique circulait parmi certains observateurs bulgares réunis au centre de presse juste après l’annonce des résultats et de l’irruption électorale du mouvement « Ataka » : l’électorat du parti socialiste vient de se scinder ! Au-delà de ce commentaire caricatural, on peut cependant se poser la question de savoir d’où proviennent les électeurs de ce mouvement et quelles furent leurs motivations. Pour compliquer encore un peu plus les choses, on peut indiquer que lors de la première réunion du Parlement, l’un des députés d’ « Ataka », a quitté son groupe parlementaire pour rejoindre celui du parti socialiste ! Pour troubler encore plus l’observateur de la scène politique bulgare, le groupe socialiste n’a fait aucune difficulté pour l’accepter !

Le 25 juin 2005, le très fragile équilibre du système partisan bulgare a donc été de nouveau souligné par l’apparition d’un nouveau protagoniste. Ce « succès » électoral permet d’étudier plus en profondeur une tendance latente dans le paysage politique bulgare. Il donne l’occasion d’étudier les conditions politiques de sa réussite. Selon nous, la coalition « Ataka » - maintenant le Rassemblement national - constitue l’aboutissement logique d’un processus politique. Depuis quinze ans, l’extrémisme existait bel et bien en Bulgarie mais il était plus ou moins « canalisé » voire « absorbé » par les autres partis, de gauche comme de droite. Il était de toute façon occulté par tous les partis qui mettaient en avant la réussite d’un « modèle ethnique bulgare » dans les Balkans. La nouveauté est que ce phénomène extrémiste vient de prendre en 2005 son autonomie ; grâce notamment à un leader : Volen Siderov.


Les raisons d’un « succès »

Comment expliquer le succès électoral de la coalition Ataka en Bulgarie ? Il faut faire appel ici à des variables de caractère socio-politique. Pour être bref, trois facteurs sont principalement à retenir :

Le premier facteur tient à la « radicalisation » de la société bulgare qui est profondément atteinte par quinze ans de transition douloureuse sur le plan social et économique. Des enjeux de pouvoir considérables (politiques mais également économiques) ont favorisé des dérives multiples et provoqué des ressentiments - voire une profonde agressivité - au sein de l’opinion permettant à Ataka de s’insérer et de gagner aujourd’hui une place sur la scène politique nationale.

Au début de la transition, les « partis politiques » bulgares, de gauche comme de droite, offraient un large éventail de propositions dans lesquelles on trouvait souvent des relents populistes, nationalistes voire xénophobes. Même si l’on n’y prêtait pas attention outre mesure, chacun « ratissait large » et n’hésitait pas à avoir recours à des arguments de ce type. Tous les partis faisaient des promesses démagogiques, tous les partis prétendaient défendre ce qu’ils appelaient les « intérêts nationaux » de la Bulgarie, tous les partis étaient plus ou moins ouvertement contre le « parti ethnique » représentant la minorité turque et musulmane, c’est-à-dire le DPS. Quant aux Tsiganes, personne ne s’en occupait vraiment, pour ne pas dire que personne ne s’en occupait du tout. Cela eut été contre-productif sur un plan politique vis-à-vis de l’électorat bulgare !

Au fur et à mesure de l’évolution du processus de transition, ces partis ont été obligés de tenir compte des contraintes imposées par l’Union européenne et de la nécessité de bénéficier des divers avantages financiers procurés par le FMI et la Banque mondiale. Ils ont « lissé » voire expurgé leur discours après que le Conseil de l’Europe eut fait diverses remarques ou que la Cour européenne des droits de l’Homme eut prononcé plusieurs jugements condamnant les autorités bulgares, par exemple. L’ « offre » politique s’est ainsi trouvé en décalage par rapport à la « demande » d’une opinion publique souvent chauffée à blanc par une presse avide de sensationnel. L’éventail des positions politiques - dites et non-dites - s’est donc considérablement rétréci entre les principaux protagonistes politiques qui arrivaient à tenir pratiquement un même discours « raisonnable » en 2005. Les sujets sensibles, « politiquement incorrect » vis-à-vis de l’Europe sont plus ou moins devenus « tabous » dans les discours de la classe politique bulgare.

C’est ce discours nationaliste, xénophobe et souvent extrémiste - abandonné par les partis établis - que V. Siderov a su récupérer et exploiter à son profit. Jouant également sur la nostalgie de l’ordre ancien, il a su attirer une partie des « perdants » des réformes et des nombre de personnes (souvent éduquées) excédées par l’incapacité des gouvernants successifs à mettre un terme aux dérèglements actuels de la société bulgare.

suite - 2ème Partie

François Frison-Roche
© Tous droits réservés Le Courrier des Balkans


Documents annexes:
- « L’Appel d’ATAKA » 
- Programme abrégé de l’Union nationale « Ataka » 
- Les « 20 principes de l’Union nationale « Ataka »

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