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A quelques jours du referendum, quels nouveaux arguments trouver en faveur du oui ? Quels arguments qui n’ont pas été répétés des centaines et des milliers de fois ? Quels arguments qui pourraient faire changer d’avis quelques indécis parmi les 20% de Français qui n’ont pas encore choisi leur camp ?
Probablement aucun, si ce n’est des histoires plus personnelles. Etudiant français à l’université de Harvard, je suis frappé de voir à quel point l’Union Européenne est un modèle cité et admiré non seulement par élèves et professeurs, mais aussi par une incroyable variété d’interlocuteurs : du chauffeur de taxi récemment immigré aux Etats-Unis, jusqu’aux chefs d’Etat en visite sur le campus. Récemment, un chauffeur de taxi ghanéen me demandait quand l’Union Européenne serait enfin assez forte pour faire entendre la voix que le reste du monde attend d’elle : la voix des droits de l’homme, la voix d’une société plus humaine et moins dirigée par la recherche du profit que la société américaine. Et le chauffeur de taxi soulignait que l’Europe représentait cette voix malgré son passé tragique (le commerce des esclaves, ses pratiques coloniales et les décolonisations sanglantes, ses nationalismes et ses dictatures fascistes et communistes qui ont laissé des dizaines de millions de morts derrière elles, etc.). C’est peut-être, paradoxalement, à cause de ce passé tragique, de sa capacité à apprendre de son passé, que l’Europe a acquis ce respect que l’on retrouve de façon omniprésente ? Il est aussi habituel que lors de leurs allocutions aux élèves, les chefs d’états de passage, africains, sud-américains ou asiatiques, citent en modèle la construction européenne comme la zone de paix et de prospérité économique qu’ils aspirent à créer pour leur propre continent. Dernière en date, Benazir Bhutto, ancien premier ministre du Pakistan, exprimait dans un élan d’inspiration son souhait que son pays et l’Inde puissent suivre l’exemple de la réconciliation européenne : une coopération si ce n’est même une union économique pour mettre un point final à des années de conflit. Cette vision de l’Europe par le chauffeur de taxi Ghanéen, ou par Bénazir Bhuto, on la retrouve dans ces quelques lignes récentes et emphatiques du philosophe Edgar Morin. Du haut de ses 84 ans, il s’engage résolument en faveur du traité (Le Monde, édition du 11/05/05): Ce qui manque pour peser positivement sur le vote, c'est la conscience d'une communauté de destin à échafauder. C'est la conscience d'un grand dessein que l'Europe devrait apporter à elle-même et au monde. C'est la conscience que, dans la menace de guerre de civilisation et/ou de religion, l'Europe pourrait se dresser comme force pacifiante parce que portant en elle une diversité multiculturelle et multireligieuse pacifique et parce que portant enfin en elle un véritable universalisme. C'est la volonté de rompre définitivement avec une civilisation de la puissance pour s'engager dans une civilisation de la rencontre et du dialogue. C'est d'ouvrir une voie de salut pour l'humanité. S’il ne faut garder que deux points du traité constitutionnel pour convaincre les indécis, mon choix porte sur la création des positions de Président du Conseil Européen et de Ministre des Affaires Etrangères. Malgré tous ses défauts, et tous les articles qui seront probablement amendés dans 4 ou 5 ans (comme pour les autres traités), ce traité constitutionnel est une étape importante pour continuer la construction de notre grand projet européen. Enfin, si la France devait dire non, et ainsi mettre fin à un projet de 5 ans, voulu et porté par elle, ce ne serait pas si dramatique pour l’Europe : l’esprit critique des Français a amené les opinions publiques à se poser des questions de fond sur le projet européen, non seulement en France mais ailleurs en Europe. Ces débats français et européens sont une chance extraordinaire et une grande avancée pour la démocratie européenne, quoiqu’en disent les technocrates effarés du risque d’un non français. Ceci étant dit, le non français jetterait un discrédit très important sur la crédibilité de notre classe politique, sur la scène européenne et même internationale. Cependant, au-delà de notre classe politique que les électeurs s’apprêtent à sanctionner (et je les comprends), ce qui est en cause dans ce référendum, c’est aussi la place de la France en Europe, et à travers le rayonnement de l’Europe, dans la place de la France dans le monde. Dire non à ce texte imparfait reviendra à isoler la France (sa classe politique et ses citoyens) comme rarement elle l’aura été. Par contre, dire oui à 51%, ça reviendra à sanctionner notre classe politique incapable de promouvoir l’un des plus beaux projets politiques jamais portés, tout en continuant l’aventure européenne, pour l’Europe et pour la France : mobilisons-nous et mobilisons notre entourage pour le oui à l’Europe ce dimanche !
Luc Roullet Cambridge (United States of America){moscomment}
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