Emprunts, crise mondiale et Europe : l'étau se referme sur la France - Rendez-vous à l'automne

Print E-mail
Tribunes
Written by Frédéric Bourdel   
Thursday, 25 June 2009
Share/Bookmark

 

L'annonce par Nicolas Sarkozy du lancement prochain d’un grand emprunt national, soit disant pour financer les priorités d'avenir de la France, ne surprend pas vraiment. Il s'inscrit dans la droite ligne de deux des trois groupes qui l'ont fait président et qui contrôlent sa politique : à savoir les banquiers et Washington. ...

Comme les élites washingtoniennes et londoniennes l'ont fait pour leurs pays respectifs, il lance la France dans une fuite en avant désespérée, choisissant de faire peser sur les générations futures le coût de la crise actuelle, plutôt que d'y faire face par l'impôt (notamment sur les hauts revenus en faisant sauter le bouclier fiscal) et par un rééquilibrage de la dépense publique. On s'achemine donc vers un double appauvrissement français : appauvrissement présent avec un déficit public estimé à plus de 7% pour 2009 (et probablement plus proche de 10% in fine puisque la situation économique va continuer à se détériorer); et appauvrissement des générations futures via cet emprunt dont on peut déjà parier qu'il servira à boucler les fins de mois de l'état (comme toujours quand l'état n'a plus un sou en poche).

Bien entendu, la dégradation des services publics va s'accentuer. Le chômage va augmenter. D'ici six mois, les premières vagues de chômeurs en fin d'indemnisation vont commencer à toucher le tissu social du pays. Et l'état va se trouver pris dans l'étau, coincé entre l'absence de moyens financiers et l'instabilité sociale croissante. L'austérité sera bien au rendez-vous, comme les hausses d'impôts, car nos stratégies parisiennes ont toujours un train de retard sur la crise. L'emprunt servira surtout à engraisser les établissements financiers qui vont s'en occuper. Il sera incapable d'aider le pays à faire face au « trou noir budgétaire » qui se profile fin 2009. Coupes sombres dans les dépenses publiques et hausses tous azimuts des taxes et impôts seront inévitables … sur fond de durcissement sécuritaire. L'étau va être particulièrement douloureux pour les classes moyennes et défavorisées.

A la différence de l'Allemagne ou des Pays-Bas, notre politique fiscale irresponsable, perpétuation du modèle ultralibéral désormais effondré aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, qui prétend que les très riches font la richesse d'un pays[1], va également entrainer la France dans une double crise techno-politique nationale et européenne.

Déjà, du président de la Cour des Comptes au gouverneur de la Banque de France, la haute administration française commence à publiquement s'inquiéter du risque d'un affaiblissement durable de l'état[2]. Demain, c'est l'Union européenne, et la zone Euro en particulier, qui va exprimer ses doutes croissants sur le cours de la politique française. On s'approche ainsi semble-t-il d'un moment « à la 1983 », quand François Mitterrand avait dû choisir entre une politique économique idéologique de hausse du pouvoir d'achat malgré un contexte de crise économique et la sortie du Système Monétaire Européen (du fait des déficits français croissants)[3].

Ce moment-là pour Nicolas Sarkozy se situe au début de l'automne 2009. Il impliquera de lourdes révisions d'alliances parmi ceux qui l'ont fait élire et/ou qui lui permettent d'exercer son pouvoir. On peut imaginer une scission entre d'un côté les clans banquiers/Washington; et de l'autre les clans industriels/hauts fonctionnaires.

Cette période sera déterminante pour l'avenir du pays et de l'Europe. En effet, soit Nicolas Sarkozy choisit, à l'inverse de ce qu'avait fait François Mitterrand en 1983, son option idéologique, et maintient un cap ultralibéral et « occidental »[4]; soit il entreprend une remise en cause complète (bouclier fiscal compris) de son début de quinquennat et choisit la voie européenne.

Dans le premier cas, la France prendrait le risque de la rupture de l'Euro : phénomène aux conséquences catastrophiques pour tout notre continent, et qui condamnerait la France à devenir une annexe secondaire du camp occidental, en y inscrivant durablement un  modèle socio-économique ultralibéral. La France suivrait ainsi les Etats-Unis et le Royaume-Uni dans la direction d'une société tiers-mondisée, faite d'une minorité de très riches, d'une vaste majorité de très pauvres et d'une classe moyenne efflanquée.

Dans le second cas, la France renforcerait l'UE et la zone Euro, tout en donnant au continent européen les moyens de développer son propre modèle socio-économique, en rupture définitive avec le modèle ultralibéral.

Que ceux qui pensent que le choix devrait être évident se détrompe. L'actuel président français a été placé au pouvoir. Il n'a pour l'instant démontré aucune aptitude à se libérer de ses maîtres. Il est donc tout-à-fait capable de choisir la voie tragique pour notre pays, son avenir et celui de l'Europe.

Gardons en mémoire qu'il a été capable, lors du récent Congrès à Versailles, de se référer au programme du Conseil National de la Résistance (CNR) pour décrire sa vision d'avenir, alors même qu'une partie des forces qui le soutiennent ont pour objectif avéré la destruction pure et simple de cet héritage.

Or, parmi l'héritage du CNR, on trouve pêle-mêle l'engagement pour un modèle socio-économique équilibré faisant une grande place au social (création de la Sécu), l'indépendance de la presse par rapport aux puissances d'argent et à l'état, le refus des monopoles contrôlés par des intérêts privés, le projet européen, …  Toutes choses qui ne sont pas exactement au cœur des priorités du pouvoir actuel en France.

Donc le pire est hélas possible!

Frédéric Bourdel
Reims, France


1]    Alors qu'en fait, la plupart d'entre eux se moquent complètement de la notion de pays … et ne s'intéresse qu'à l'accroissement de leur richesse. Ce qui d'ailleurs est très humain comme réaction et ne devrait surprendre personne.

[2]    Peut-être ne commencent-ils que maintenant à comprendre que l'essentiel des forces qui ont mis Nicolas Sarkozy au pouvoir ne visent in fine que ce but là : affaiblir la France et l'Europe.

[3]    Source : http://www.mitterrand.org/1983-affronter-la-crise.html

[4]    Les « occidentalistes », dont le Quai d'Orsay est désormais infesté au plus haut niveau avec des gens comme Bernard Kouchner ou  Pierre Lellouche prétendent en effet que la France est avant tout une composante du « camp occidental », aux côtés des Etats-Unis et d'Israël en particulier. L'Europe n'est qu'une « province » de ce camp; et l'Union européenne, surtout la zone Euro, est assimilée à un « problème » au sein de ce camp car menaçant son intégrité, puisque remettant en cause le leadership américain.

 

This e-mail address is being protected from spam bots, you need JavaScript enabled to view it  


 


 
< Prev   Next >

Image de la semaine
Non ce n'est pas une affiche de campagne en Turquie, mais bien celle du parti socialiste autrichien (SPÖ) pour les élections d'octobre prochain à Vienne. Après les affiches de campagne de Strache qui plaide pour le "pur sang viennois" c'est la course au populisme?


Wien-Wahl: Politiker sprechen türkisch: 200.000 Neoösterreicher Wähler haben Migrationshintergrund. Die Parteien buhlen um ihre Stimmen - gerne auch in einer Fremdsprache.(Kurier 25/08/2010)

section: Portofolio

 
Latest articles
NewropMag Blog Press Review
mod_dbrss2 AJAX RSS Reader poweredbysimplepie
Cartoon of the week

(click on the image to enlarge)



 
Focus
Conférence-Débat Justice en Europe

La deuxième rencontre du cycle
LA DEMOCRATIE EN DANGER”,
consacrée à la Justice en Europe

Le lundi 13 septembre
de 19h30 à 22h00
Salons de l’Aveyron
17 Rue de l'Aubrac
75012 Paris


A l’heure où les discours et les mesures sécuritaires et judiciaires se durcissent dans nombreux pays européens, où l’on sait les atteintes aux droits les plus élémentaires et aux principes fondamentaux des simples citoyens, quels traitements sont réservés à ceux qui tiennent les pouvoirs politiques, financiers, économiques entre leurs mains? Une conférence-débat organisée dans le cadre du cycle La démocratie en danger par Les Amis de Beppe Grillo à Paris et le NewropMag.

Intervenants: les députés européens Luigi De Magistris, Sonia Alfano et Rosario Crocetta ; Harald Greib, vice-président de Newropeans en charge des affaires des institutions européennes ; Eric Alt, magistrat, membre de l’association MEDEL (magistrats européens pour la démocratie et les libertés) et de l’association Anticor, et Corinne Lepage, députée européenne et ex Ministre de l’environnement, engagée dans la lutte contre la corruption politique et financière.

Parmi les sujets de discussion:
- L'infiltration des organisations criminelles et le vide législatif relatif en Europe
- Les récentes dépénalisations des crimes financiers et économiques en Italie, en France et leur traitement au sein des institutions européennes
- Présomption d'innocence ou de culpabilité? L'exemple de la “loi bâillon” sur les écoutes téléphoniques qui viole les recommandations de l’OSCE concernant l’emploi de sources et de matériels nécessaires aux investigations journalistiques au service de la démocratie.

Contacts:
Micaela Bracciaferri, Coordinatrice “Les Amis de Beppe Grillo à Paris »
This e-mail address is being protected from spam bots, you need JavaScript enabled to view it
Marianne Ranke-Cormier, Rédactrice en chef du NewropMag
This e-mail address is being protected from spam bots, you need JavaScript enabled to view it
Entrée libre sur pré-inscription auprès de
This e-mail address is being protected from spam bots, you need JavaScript enabled to view it



 
ZicClipEurope
A private meeting between the Euro and the Dollar.

Read more here: Dollar vs Euro "Who's the mast€r?" - Blog: ZicClipEurope

 
Podcast: "La France en 2020" - France Inter "Le Téléphone sonne"

Le 22 juillet dernier, Franck Biancheri, Directeur des études de LEAP, et éditorialiste du NewropMag, était invité à l'émission de France Inter "Le Téléphone sonne" sur le thème : "La France en 2020"

Réécouter l'émission en podcast !
{enclose Letelephonesonne.mp3}

Le Téléphone sonne - France Inter 22/07/2010: "La France en 2020"
 
Syndicate
Newsletter

Keep yourself updated with our FREE newsletters now!