Manifeste des partis socialistes et sociaux-démocrates en Europe: faible, vague et peu crédible

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Europolitik
Written by Harald Greib   
Wednesday, 28 January 2009
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Les partis socialistes, sociaux-démocrates et travaillistes en Europe se sont donnés, lors d’une conférence de deux jours à Madrid en décembre 2008, un manifeste européen. Titre: Les citoyens d’abord ; Une nouvelle direction pour l'Europe.

Le manifeste est écrit avant toutes choses comme réponse à la crise financière et économique actuelle. Afin de la combattre, le manifeste appelle à  une meilleure coopération au niveau européen. Des propositions concrètes, en particulier la  nécessaire réforme des marchés financiers manquent pourtant. Le manifeste se contente d’exiger une « meilleure régulation »...  

L'entrée en vigueur  du Traité de Lisbonne est qualifiée de bénéfique pour plus de démocratie et une amélioration de la capacité d'action des institutions européennes.

Beaucoup de vieux concepts politiques de l'UE, qui ne sont même pas forcément sociaux-démocrates, sont rassemblés: une politique relative au droit d'asile juste et efficace, une lutte contre le terrorisme sans une restriction disproportionnée des libertés publiques, le respect des droits sociaux par les politiques européennes… Mais tout cela reste vague. Nulle part n’est expliqué comment les socialistes veulent mettre en œuvre leurs bonnes intentions et comment une majorité sociale-démocrate au Parlement européen pourrait s’imposer face au Conseil et à  la Commission.

Ce manifeste mériterait très bien le titre de « Manifeste de l’hypocrisie » ou du mensonge ou de la naïveté ou de l’incapacité. Car les partis signataires du Manifeste, qui regrettent aujourd’hui l’actuelle dérive néolibérale de l'UE et la domination du marché et de la concurrence libre sur la solidarité et la politique, ont tous,  sans exception, soutenu la ratification du projet de constitution européenne comme aujourd’hui celle du Traité de Lisbonne qui entérine cette direction politique néolibérale.

Ceux qui ne se sont jamais opposés au niveau européen à l’idéologie du libre marché, libre surtout  d’une intervention d’état, avec  notamment  l'argument "qu'on ne pouvait pas être contre l'Europe", sont donc peu crédibles en exigeant aujourd’hui une nouvelle orientation d’un processus d’intégration européenne qui est aussi leur œuvre. Ce sont les partis du démantèlement de l’Etat, des privatisations, de l’Agenda 2010 en Allemagne et du "l'État ne peut pas tout" d’un Jospin en France.

Il est apparent que les signataires du manifeste constituent une coalition de circonstance qui a pour but de déguiser une simple  juxtaposition des partis nationaux en un mouvement européen que serait le parti socialiste européen.

On voit mal comment le PS français, au sein duquel l’appellation social-démocrate fait grincer beaucoup de dents, pourrait être partie prenante d’un texte qui ne fait pas de différence entre un mouvement socialiste et un mouvement social-démocrate.

On se demande aussi, comment le SPD allemand, qui échoue au niveau national de se doter d’un programme social, pourrait soutenir une position au niveau européen qui supposerait une remise ne cause de l’Agenda 2010. Ou encore comment Margot Wallström, Commissaire européen en exercice et donc pleinement responsable de la politique actuelle suivie par la Commission Barroso, peut, sans se renier, adhérer à un manifeste qui est censé modifier cette politique.  

 

Un manifeste qui a été rédigé à la va-vite pour répondre à la crise financière, qui mélange des vieux concepts socialistes avec  des remèdes peu concrets contre la crise et qui se limitent en fin de compte à des clichés : mieux coopérer ensemble pour mieux relever les défis de la globalisation

Il est ahurissant de constater que dans l’imaginaire des sociaux-démocrates la globalisation est restée une force naturelle que l’on ne peut pas dompter, mais à laquelle les hommes doivent s’adapter ; leur politique veut se contenter de rendre ce processus d’adaptation plus efficace et moins douloureux. Le manifeste révèle surtout que manifestement les sociaux-démocrates n’ont pas compris que la globalisation est en effet un projet politique, voulue par les entreprises et les banques multinationales avec comme but de s’affranchir de toute intervention de l’état ; un projet voulu et encouragé par la Commission, car l’affaiblissement de l’Etat est surtout celui des pouvoirs des Etats-membres.

Les socialistes n’ont toujours pas compris  que la crise financière marque le début de la fin de la globalisation.

Leur position de vouloir réguler les marchés au niveau européen tout en acceptant la globalisation est contradictoire – à quoi bon se donner des règles européennes si l’économie peut s’en affranchir en passant au niveau global ?

Les socialistes, qui comme tous les politiques et experts ont cruellement été incapables de prévoir la crise, semblent croire que la crise s’est abattue sur  une Europe heureuse et innocente. Ils ne veulent pas admettre que l’Europe, ses industries multinationales et ses marchés financiers sont à la fois victimes et auteurs de la crise.

Les socialistes  voient dans le traité de Lisbonne un renforcement de la démocratie. Ils manquent cependant d’en citer la preuve. Cela se comprend – il n’y en a pas : un droit de pétition à la Commission n'est pas un droit démocratique. Même des régimes absolutistes ont connu ce que l'on appelle « les lettres de doléances ». Il se peut que le Traité de Lisbonne confère plus de compétences au Parlement européen.  Mais tant que le Parlement reste incapable d’exprimer une volonté politique européenne ancrée dans une légitimité transeuropéenne, tant qu’il n’est pas doté d’un droit d’initiative, la démocratie européenne ne peut pas se réaliser à travers le Parlement européen.   

Un manifeste qui laisse transpirer le sentiment éternel de supériorité occidentale: comme les socialistes estiment que l’on ne peut pas contrôler la globalisation, il importe de rendre ses conséquences néfastes (par exemple. l’exploitation des salariés) plus supportables par les moyens d’un effort européen « plus intelligent » (plus intelligent que les Chinois ? Plus intelligent que les Indiens ? ).

Ils veulent "en finir" (en tant qu’euphémisme pour combattre) avec l’immigration illégale. Pourtant ils ne dénoncent pas notre politique commerciale européenne, qui détruit les bases matérielles de survie dans beaucoup de pays pauvres, qui est source de cette immigration ; et qu’en conséquence ce combat doit commencer par une politique européenne respectueuse des conditions de vie dans les pays source d’immigration.

Ils veulent veiller à ce que la lutte contre le terrorisme et la criminalité ne porte pas atteinte aux libertés publiques. Une telle prise de position des partis qui ne se sont pas opposés au  principe du mandat d'arrêt européen ou au transfert de compétences supplémentaires à Europol ou à la police des frontières européennes, qui sont insuffisamment contrôlées par le parlement ou la justice, est peu crédible.

Les socialistes soutiennent le principe d’une coopération policière et judiciaire renforcée, sans tenir compte des dangers d’une telle coopération en dehors de la garantie d’un contrôle suffisant par le politique et la justice. Il serait sans doute judicieux de rappeler que la Cour constitutionnelle allemande a cassé la loi introduisant le mandat d’arrêt européen pour raison d’atteinte grave aux principes de démocratie et d’état de droit. 

 

Vague, faible et peu crédible, avec ce manifeste les socialistes essayent de donner un aspect de mouvement européen à une juxtaposition des partis nationaux et se contentent de vanter les mérites démocratiques du Traité de Lisbonne (sans en donner d'exemples), et n’exigent en rien une élection transeuropéenne des dirigeants européens qui serait le seul véritable moyen d’assurer la démocratie au niveau européen.

Le manifeste ne met en avant aucune proposition concrète pour lutter contre la crise financière, comme le fait Newropeans qui développe dans le cadre de sa deuxième alerte socio-économique européenne une série de mesures de réformes concrètes, comme par exemple l’interdiction de titrisation des créances et leur vente, qui était cause et vecteur de la crise financière[1].

Le manifeste ne met en avant aucune proposition concrète d’une meilleure gouvernance de l’Eurozone, qui nous protège pourtant d’un plein impact de la crise, comme  le fait Newropeans avec  ses propositions d’un secrétariat permanent de l’Eurozone et d’un impôt européen pour les entreprises[2].

Le manifeste ne met en avant aucune proposition concrète pour  lutter contre l'immigration illégale, comme le fait Newropeans en exigeant une politique commerciale respectueuse des conditions matérielles dans les pays pauvres[3].

Le manifeste tout entier appelle à des commentaires de ce genre. Il se perd dans des généralités, des bons vœux pieux. Et si la crise financière semble avoir enfin réveillé la conscience sociale des sociaux-démocrates, il est regrettable qu’ils aient participé jusqu'ici sans émettre de critique de fond au projet d’intégration européenne, qui est en contradiction, souvent directe, avec  le modèle social qu’ils prônent aujourd’hui. Ils en ont été les co-auteurs, et aujourd’hui ils prétendent vouloir en devenir les réformateurs!

Certes, on peut se réjouir que les citoyens deviennent à nouveau un objet de politique, mais c'est d’abord mettre le citoyen aux manivelles du pouvoir afin qu'il puisse participer à la création de l’Europe à laquelle il aspire qu'il faut défendre. C'est le projet politique de Newropeans qui veut le citoyen en Europe comme sujet, comme décisionnaire, de la politique. Et c’est tout à fait une autre approche[4].

Harald Greib* 
St Jean de Fos - France


Notes:

[1]  Alerte Socio-Politique Européenne n°2 - (15/01/2009) - Newropeans face à la crise mondiale: L’argent des sauvetages bancaires est en train de passer à coté de ses objectifs : Newropeans exige un engagement financier public européen efficace pour tous les citoyens !

[2]  Newropeans lance la pétition pour la tenue d’un sommet de l’Euroland avant la fin 2008 ! (NM 09/10/2008)

[3]  la politique d’immigration et d’intégration européenne : Pour une UE ouverte, capable de gérer de façon constructive ses flux migratoires et d’intégrer efficacement ses immigrés

[4]  Démocratiser l’UE, c’est l’affaire de tous les citoyens

-> cf les 16 propositions - le programme transeuropéen 

-> Lire : Les forces progressistes en Europe n'ont plus d'avenir au niveau national (NM 08/01/2009)


*Harald Greib est Vice-Président de Newropeans et auteur du livre "Berlin mit Bitte um Weisung" un roman politique européen publié par MDV en 2006.


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Conférence-Débat Justice en Europe

La deuxième rencontre du cycle
LA DEMOCRATIE EN DANGER”,
consacrée à la Justice en Europe

Le lundi 13 septembre
de 19h30 à 22h00
Salons de l’Aveyron
17 Rue de l'Aubrac
75012 Paris


A l’heure où les discours et les mesures sécuritaires et judiciaires se durcissent dans nombreux pays européens, où l’on sait les atteintes aux droits les plus élémentaires et aux principes fondamentaux des simples citoyens, quels traitements sont réservés à ceux qui tiennent les pouvoirs politiques, financiers, économiques entre leurs mains? Une conférence-débat organisée dans le cadre du cycle La démocratie en danger par Les Amis de Beppe Grillo à Paris et le NewropMag.

Intervenants: les députés européens Luigi De Magistris, Sonia Alfano et Rosario Crocetta ; Harald Greib, vice-président de Newropeans en charge des affaires des institutions européennes ; Eric Alt, magistrat, membre de l’association MEDEL (magistrats européens pour la démocratie et les libertés) et de l’association Anticor, et Corinne Lepage, députée européenne et ex Ministre de l’environnement, engagée dans la lutte contre la corruption politique et financière.

Parmi les sujets de discussion:
- L'infiltration des organisations criminelles et le vide législatif relatif en Europe
- Les récentes dépénalisations des crimes financiers et économiques en Italie, en France et leur traitement au sein des institutions européennes
- Présomption d'innocence ou de culpabilité? L'exemple de la “loi bâillon” sur les écoutes téléphoniques qui viole les recommandations de l’OSCE concernant l’emploi de sources et de matériels nécessaires aux investigations journalistiques au service de la démocratie.

Contacts:
Micaela Bracciaferri, Coordinatrice “Les Amis de Beppe Grillo à Paris »
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Marianne Ranke-Cormier, Rédactrice en chef du NewropMag
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