Monsieur Sarkozy, venez en Macédoine ! PDF Print E-mail
Written by Erol Rizaov (traduction Maria Béjanovska)   
Tuesday, 25 March 2008

Lettre ouverte au Président de la République française: Monsieur Sarkozy, venez en Macédoine !  Les intérêts politiques peuvent-ils l’emporter sur le droit des peuples à l’autodétermination   

Monsieur le Président de la République française,

Monsieur Nicolas Sarkozy

Vous avez dit aux citoyens de la Macédoine que la France soutient fermement la Grèce dans le conflit autour du nom de notre Etat, un conflit que notre voisin du sud nous a imposé, à nous, à Vous et au monde entier. Nous sommes tristes de constater que vous nous avez effacés de la liste de vos amis. D’une façon légère, nonchalante, à la française, blessant ainsi deux millions de personnes. Mais nous ne vous en voulons pas car, depuis bien longtemps, nous avons appris à travers l’histoire ce que sont les intérêts politiques, ce qu’est le droit, et ce qu’est la justice.

Il y a à peine deux décennies, lorsque arriva la chute du communisme et commença la désintégration de la Yougoslavie, l’un de vos compatriotes, monsieur Robert Badinter, avec d’autres éminents juristes français et européens, a dit que de toutes les anciennes républiques yougoslaves seules la Macédoine et la Slovénie remplissaient toutes les conditions  pour être internationalement reconnues. A l’époque, le président François Mitterrand avait dit « Oui, c’est ainsi, le droit dit ainsi, la Macédoine doit être reconnue, mais en politique les choses se présentent autrement. Les intérêts politiques sont plus forts que le droit et la justice ». Et ce fut ainsi. La politique est toujours victorieuse sur le droit. Cependant, Monsieur Sarkozy, nous sommes surpris, car votre  déclaration était inhabituelle et pas dans la tradition d’un Président français. Bien entendu, nous savons que la France est depuis toujours une grande amie de la Grèce. Et nous ne faisons rien pour contrarier cette amitié sincère. Notre déception et notre tristesse viennent plutôt du fait que nous aussi voyons en la France et en les Français des amis, et que nous étions persuadés que la France voyait en nous un ami sincère. Les paroles que vous avez prononcées à Bruxelles exprimant que la Grèce, en tant qu’une grande amie de la France, aurait tout le soutien de la France dans le conflit autour de notre nom, grâce entre autre au livre « Sarkozy de Salonique » publié en Grèce, sont vraiment choquantes pour les deux millions de citoyens de la Macédoine. Je ne crois pas que vous pensiez sérieusement que le livre sur votre grand-père doive être le ressort principal dans ce conflit insensé où un Etat impose un nom à un autre Etat. Certains connaisseurs de la question affirment que le problème du nom de la Macédoine ne vous est pas connu du tout. Mais ne vous faites pas de souci, ce n’est pas de votre faute. C’est plutôt le problème de nos diplomaties, la nôtre comme la vôtre, qui n’ont pas réussi à vous le faire connaître. Alors que c’était leur devoir.

La France et la Macédoine ont été des alliés pendant la Seconde guerre mondiale dans la lutte contre le fascisme. Lors de la formation de notre premier Etat national, pendant la guerre, en 1944, nos alliés parmi lesquels les Etats Unis, la Grande Bretagne, la France, la Russie et la Yougoslavie nous ont adressé des télégrammes pour nous féliciter de la formation de ce nouvel Etat – la République de Macédoine – qui formera ensuite une fédération avec les autres Etats yougoslaves de l’époque,  jusqu’à la désintégration de celle-ci en 1991. Après un référendum, les peuples de la Macédoine réunis dans leur premier parlement pluraliste, ont proclamé leur indépendance. Mais dès le début de son chemin vers l’intégration européenne et atlantique le jeune Etat macédonien se retrouva devant une violente résistance de son voisin du Sud, notre et votre ami - – la Grèce – qui proclama sa propriété sur toute l’histoire et la géographie de l’Antiquité. Nos chers voisins estiment que nous n’avons pas le droit de porter le nom de notre patrie – la Macédoine – d’utiliser le qualificatif macédonien, de célébrer les Macédoniens et les Grecs de l’Antiquité, de dire que la Grèce n’a pas un droit d’exclusivité sur toute l’histoire de l’Antiquité tout comme, bien entendu, l’Italie n’a pas un droit d’exclusivité sur toute l’histoire romaine. Dans une telle situation, la Grèce a imposé au monde entier un problème stupide. Monsieur Sarkozy, les intérêts politiques peuvent-ils l’emporter sur le droit des peuples à l’autodétermination ? Tant de sang a pourtant coulé en France et dans le monde pour faire valoir le droit des peuples à l’autodétermination.

Monsieur Sarkozy, pouvez-vous imaginer une situation telle où, par exemple, la chancelière d’Allemagne, Madame Merkel, demanderait à la France de changer de nom et de s’appeler « Ancienne province romaine de Gaule » ? Ou bien que les Britanniques vous demandent de changer le nom de votre province – la Bretagne – tout simplement parce qu’ils auraient proclamé leur droit exclusif sur l’histoire et la géographie de l’Antiquité ? Ou bien, que sais-je, si quelqu’un vous demande de changer le nom d’un lopin de terre français ? Il est certain que cela provoquerait en France un ouragan de rires. Et on en ferait probablement une belle comédie française. Mais, cher Monsieur Sarkozy, dans les Balkans les choses sont bien plus tristes et complexes. Chez nous, on ne peut en faire qu’une tragédie. Et malheureusement, voilà, Vous aussi, vous avez apporté votre pierre à l’édifice tragique gréco-macédonien en soutenant quelque chose qui, j’en suis persuadé, n’est ni dans l’intérêt de l’humanité, ni dans celui de la France, ni dans celui de la Grèce, ni dans celui de toute la région des Balkans. Est-ce que vous pouvez imaginer que quelqu’un vous demande de changer le drapeau français, d’effacer vos célèbres trois couleurs ? Ou bien, existe-t-il une seule personne en France qui accepterait l’idée de changer votre Constitution parce que Napoléon pourrait revenir et traverser La Manche ?

Cher Monsieur Sarkozy, nous, nous l’avons déjà fait. Nous avons changé notre drapeau. Nous avons changé notre Constitution, bien que le danger que représente la Macédoine pour la Grèce soit aussi grand que celui que Napoléon attaque l’Angleterre.

Nous avons fait tout cela, non pas parce que la Grèce nous l’a demandé avec votre soutien, mais à cause d’une grande idée d’un autre Français, monsieur Robert Schuman, parce que nous voulons, nous aussi, faire partie de sa grande idée, devenir une partie de l’Europe et de la civilisation européenne. Et maintenant, à peine avalée cette grande injure envers la dignité de nos peuples, Vos amis et Vous, vous nous demandez de changer notre nom. Cette demande insensée de Vos amis a déstabilisé la Macédoine, car déjà nous nous partageons en traîtres et en héros. Et pendant que nous cherchions le moindre mal : L’Europe ou le nom, pendant qu’humiliés et frustrés nous nous accusions les uns les autres, Vous, Monsieur Sarkozy, vous avez encouragé nos extrémistes qui cherchent à nous éloigner des intégrations européenne et atlantique. En ce moment, en Macédoine, se développe un fort climat antieuropéen et antiatlantique que vous provoquez et encouragez. La stabilité de notre patrie, un pays pacifique des Balkans, est menacée. La Grèce et Vous, au nom de la France, encouragez ce danger et l’attisez imprudemment. Monsieur Sarkozy, il ne faut pas humilier la majorité des citoyens de Macédoine qui défendent le nom constitutionnel de leur pays, on n’a pas le droit de fustiger ceux qui se sont déclarés pour une Macédoine européenne. Pourquoi nous avez-vous  imposé un si terrible dilemme et une injustice qui nous remplissent d’angoisse quant à l’avenir de nos enfants que nous voulons voir vivre en Europe et faire partie de la civilisation européenne ? Nous avons, nous aussi, quelque chose à apporter à l’Europe et nous voulons lui montrer que les Balkans ne sont pas aussi noirs que le pensent les Européens. Nous voulons changer les préjugés européens concernant les Balkans.

Monsieur Sarkozy, vous n’avez pas le droit de nous empêcher d’avancer sur notre chemin, vous n’avez pas le droit d’être contre les Droits Universels de l’Homme, contre le droit des peuples à l’autodétermination, surtout aujourd’hui où nous sommes, après avoir traversé un chemin si difficile, au seuil de l’entrée  dans l’OTAN et dans l’Union européenne. Monsieur Sarkozy, les règles du jeu sont dites avant le jeu, on ne les change pas pendant.

Monsieur Sarkozy, La Macédoine a été reconnue sous son nom constitutionnel par plus de 120 pays, parmi lesquels la Russie, la Chine, les Etats-Unis, le Canada… La Macédoine ne demande rien à la Grèce, ni de changer son nom, ni son histoire, ni sa géographie. La Macédoine demande à ses voisins seulement la paix, le bon voisinage et la compréhension et, bien sûr, un soutien sur notre chemin vers l’Europe.

Monsieur Sarkozy, bien que je sois conscient qu’il soit impossible qu’un journaliste d’un petit pays invite le Président d’un pays aussi puissant que la France, je me permets quand même de vous proposer de venir visiter la Macédoine, de voir les églises d’Ohrid et son lac magnifique, de voir Stobi et Heraklea, Bitola, Krouchévo, de voir les monuments du temps de l’Empire romain, ceux de l’Empire ottoman, de rencontrer les Macédoniens d’aujourd’hui et aussi les Albanais, les Turcs, les Serbes, les Valaques, les Romes…. qui, depuis des siècles, vivent ensemble sur cette terre qu’ils vénèrent et aiment comme étant la leur, mais qui aiment aussi la France, bien que vous ne nous  ayez pas rangés parmi vos amis. Vous serez le premier Président français qui foulera le sol macédonien. Venez, déposez des fleurs sur les tombes des cimetières français ! Nos historiens et les vôtres vous diront quand et pourquoi ces soldats français ont donné leur vie, ces hommes qui font partie de l’Histoire de France mais aussi de celle de la Macédoine. Nous gardons ce souvenir de génération en génération.

Monsieur Sarkozy, la République française est une fierté pour les francophones macédoniens et c’est aussi pour cela que les paroles que vous avez prononcées à Bruxelles nous ont tellement blessés. Vous devez faire quelque chose pour la Macédoine, avant tout à cause de la France, à cause des Balkans, mais aussi à cause de vous-même, vous devez montrer publiquement que vous ne choisissez pas vos amis parce qu’ils ont écrit un livre sur votre grand-père, mais parce que la tradition française et la démocratie vous le dictent, parce que le droit international vous l’impose et, enfin, parce que la justice le demande. Mais aussi votre conscience. Et encore à cause du serment que vous avez fait en devenant Président. Nous avons, nous aussi beaucoup de livres. Non, ils ne sont pas consacrés à votre grand-père, mais aux  relations historiques et culturelles traditionnelles entre les Français et les Macédoniens. Ces livres sont bien plus importants pour les Français et les Macédoniens que le livre sur votre grand-père. Nous avons l’honneur d’être amis avec un grand peuple épris de liberté  comme est le Peuple français, dont la tumultueuse histoire a une importance mondiale. Mais la France a aussi besoin d’amis parmi les Macédoniens et parmi les autres peuples des Balkans. Si vous venez en Macédoine, Monsieur Sarkozy, vous n’aurez pas besoin de vous excuser publiquement. Nous vous accueillerons comme un ami avec notre traditionnelle hospitalité macédonienne. 

Monsieur le Président de la République française, veuillez agréer mes sentiments les meilleurs, avec tout mon respect pour Vous et pour le peuple français.

Erol Rizaov
Directeur du quotidien macédonien Utrinski Vesnik

Traduit du macédonien par Maria Béjanovska, journaliste

 

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25/03 - Krzysztof Kolanowski

It is a splendid thing that Newropeans Magazine could publish this letter and make the readers aware of the problem. We should ask ourselves whether it is in the interest of the European Union (and in the interest of Greece) to oppose the country situated between Greece, Bulgaria, Serbia, Kosovo and Albania to be called "Republic of Macedonia"? There are at least four arguments which put the current position of Greece and international community under a question mark:

- Regional stability. A country which cannot enjoy its full international recognition (and the name is a part of this) has an extremely weak position in the region and is vulnerable to all possible fluctuations in neighbouring regions. It does not contribute to regional stability. At present, we can say that we have two countries in the Balkan region which do not enjoy full internetional recognition: Republic of Kosovo and Republic of Macedonia. It it the interest of the EU to keep the status quo? Is it it the European interest to block at least the Macedonian question from being solved, and to strengthen the local conflict and induce Macedonians to support extremists?

- Other examples from Europe. Macedonia is not the only case in Europe, when one country wishes to reserve the name of a larger region for itself. The same refers to Moldova, which does not only encompass the territory of the Republic of Moldova, but also a part of Eastern Romania. Therefore, Romanians tend to differentiate between Moldova (if they speak about the region) and "Republic of Moldova" (a name reserved for the country). Finally, Luxembourg is not only the name of the country (Grand Duchy of Luxembourg), but also of a province in South-Eastern Belgium (with Arlon). Is it a reason for Belgium to dispute the name of its smaller neighbour?

- "Copyright" for the name. The name "Macedonia" refers to at least three countries: Pirin Macedonia (part of Bulgaria, with Blagoevgrad), Aegean Macedonia (northern part of Greece with Thessaloniki) and Vardar Macedonia (the actual territory of Republic of Macedonia). Does a country, located on a part of a broader region, not have a right to use this geographical name for itself if none of the neighbours decided to do it?

- if not "Republic of Macedonia", what would be an alternative for an appropriate name for this country? "Republic of Vardar Macedonia"? In this case, the name would be more "correct", but it would not change much: people would tend to use one word again: Macedonia. What could be other names? How can we call the language spoken by the locals? Should we accept the Greek terminology ("Slavophones") or should we perhaps listen to some Bulgarians who claim that Macedonians speak a Bulgarian dialect? The Macedonians do not agree with any of these two versions. Meanwhile, the linguists already agreed to call the language "Macedonian". Do we have enough important reasons to call for another name?

In short, the stubborn position, demonstrated by Sarkozy, does not bring us any closer to the idea of European understanding. I fully support the position of Mr. Rizaov and hope that some of the European leaders will accept his invitation to visit this country and, perhaps, overcome their one-sided ignorance.

Last Updated ( Wednesday, 26 March 2008 )
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