Serbie : OTAN en emporte le vent du Kosovo

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Written by Milan Miloevic   
Sunday, 09 September 2007
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Image La Serbie renoncera-t-elle à l’OTAN au nom de la défense du Kosovo ? Le Parti démocratique de Serbie (DSS) de Vojislav Kostunica demande à ce que le Parlement retire officiellement la candidatue de la Serbie à l’OTAN, si les pays membres de l’Alliance reconnaissaient l’indépendance du Kosovo. Le DS et le G17 Plus font preuve de plus de réserve. La question du Kosovo rebondit sur la scène politique intérieure serbe, et attise les divisions.

  • Wolfgang Ischinger, membre de la troïka internationale de médiation sur le Kosovo, s’est entretenu avec le président Boris Tadic au cours de sa visite informelle à Belgrade les 3 et 4 septembre derniers. Il a également rencontré le Premier ministre Vojislav Kostunica, le vice-Premier ministre Bozidar Djelic, le ministre des Affaires étrangères Vuk Jeremic, et le ministre pour le Kosovo Nikola Samardzic. Ce dernier lui a expliqué les détails de la proposition présentée par la délégation de Serbie à Vienne le 30 août dernier.

    Wolfgang Ischinger en a retiré une conclusion plutôt optimiste. Il s’agit de consultations qui pourraient entraîner une rencontre directe entre les représentants de Belgrade et de Pristina le 28 septembre à New York. Avant cette date, se tiendront une réunion des ministres de l’Union européenne, une réunion du Groupe de contact et un autre tour de consultations de la troïka de négociation avec les Serbes et les Albanais à Londres.

    À cette occasion, le président serbe, Boris Tadic, a invité l’UE, la Russie et les États-Unis à faire pression sur la partie albanaise pour qu’elle renonce à son intention de déclarer unilatéralement l’indépendance et qu’elle amorce un dialogue constructif. Vojislav Kostunica a souligné que la Serbie exigeait de la communauté internationale qu’elle rejette immédiatement et de façon préventive tout acte d’indépendance du Kosovo.

    Les différences sont également visibles sur la scène politique intérieure : Boris Tadic a demandé à tous les partis à faire preuve de retenue pour ne pas aggraver la position de la Serbie dans les négociations, et il a estimé très nuisibles les propos défaitistes qui portent préjudice à l’issue des négociations. C’était une réponse directe au DSS de Kostunica. Dans un récent communiqué, les leaders du parti (Kostunica, Jocic, Ristivojevic) avertissaient de la possibilité que les Albanais kosovars, avec le soutien des Américains et de l’OTAN, proclament le 11 décembre une indépendance unilatérale. En effet, le Premier ministre du Kosovo Agim Ceku affirme que l’indépendance sera proclamée le 28 novembre, le Jour du drapeau albanais, tandis que le médiateur russe Botsan-Khartchenko dit que la délégation albanaise à Vienne a promis de faire preuve de retenue...

    Comme en mars dernier, lors des négociations sur la formation du gouvernement, le parti de Kostunica demande en fait que le Parlement de Serbie adopte une résolution précisant que la Serbie ne rentrera pas dans l’OTAN si l’Alliance ou les Etats-Unis reconnaissent l’indépendance du Kosovo. Les cadres du DSS citent l’Annexe 11 du plan Ahtisaari qui mentionne que la présence militaire internationale sera sous la compétence, suivra les directives et sera sous le contrôle politique de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord.

    Les Radicaux et les Socialistes ont immédiatement soutenu l’idée de renoncer à l’adhésion à l’OTAN ; les Démocrates et le G17 ont été plus nuancés. Selon eux, les citoyens doivent se prononcer par référendum. Le Parti libéral-démocrate (LDP) a critiqué cette déclaration.

    Cette résolution pourrait donc obtenir la majorité des voix au Parlement, reste à savoir si elle pourrait menacer l’actuelle coalition au pouvoir.

    La coalition a conclu un accord pour adhérer à l’Union européenne et pas aux institutions euro-atlantiques, répète actuellement le DSS. Comme l’écrit le quotidien Politika, le DSS a mentionné dans les modifications de son programme, qui doivent être adoptées en octobre, qu’il soutenait l’adhésion de la Serbie au Partenariat pour la paix, mais qu’il demeure hostile à l’adhésion de la Serbie à l’OTAN. D’ailleurs, le gouvernement a récemment adopté l’acte d’adhésion au Partenariat pour la paix.

    Certains ministres du DSS, comme le ministre de l’Intérieur Dragan Jocic, pensent qu’avec le temps, quelques membres de l’OTAN pourraient changer d’avis. Le DS, et notamment Jeremic, soulignent au contraire qu’il ne faut pas provoquer les membres de l’OTAN dont le soutien à la Serbie est nécessaire.

    La position russe

    Pour plusieurs médias, la position de l’OTAN est fonction de l’alliance de la Serbie avec la Russie. La Russie ne regarde pas d’un bon l’œil l’élargissement de l’OTAN. Le fait est que le DSS de Kostunica, en plus de bonnes relations avec les partis populaires européens, entretient des rapports amicaux avec le parti de Poutine, la Russie unie (« Edinstvennaya Rosia »).

    Le fait est acquis dans les médias que la Russie soutient la Serbie selon une ligne traditionnelle et orthodoxe mais, avec le temps, on observe que la Russie considère la Kosovo comme un dossier important pour ses intérêts vitaux. La sécession du Kosovo pourrait en effet influencer à l’avenir divers mouvements séparatistes dans la Fédération russe, ce que souligne Sergei Lavrov.

    Les septiques n’ont qu’à voir où vivent les groupes ethniques suivants : Abkhazes, Avars, Adyghées, peuples de l’Altaï, Balkires, Bachkires, Bouriates, Darghines, Dolgans, Evenes, Ingouches, Iakoutes, Kabardes, Kalmoukes, Karatchaïs, Caréliens, Komis, Kouriates, Koumis, Lapons, Lezguiens, Maris, Mordves, Nents, Nogaïs, Ossètes, Tabasaranes, Tatars, Turkmènes, Oudmourtes, Tcherkesses, Tchétchènes, Tchouvaches...

    Bien que les Américains, embourbés en Irak, exigeront l’indépendance du Kosovo, certaines rumeurs affirment en Russie (c’est notamment le cas de Sergei Lavrov) que les Européens ne seraient pas si proches des positions américaines. Sur des questions stratégiques, comme l’utilisation de la force et le droit international, l’Europe a plus de points communs avec la Russie. La déclaration de Bernard Kouchner, indiquant que l’unité de l’Europe est plus importante que le Kosovo, est assez ambiguë.

    Que va faire le gouvernement ?

    Selon la Constitution serbe, la politique est définie par le gouvernement, qui doit débattre de toutes les définitions de grande envergure. Pour les résolutions et les décisions concernant le Kosovo, en dépit des différends politiques, une majorité a été trouvée ces dernières années au Parlement. 15 députés seulement sur les 250 n’ont pas voté la dernière résolution. Les partis du LDP-GSS-SDU-LSV étaient contre, trois députés de l’Union des Hongrois de Voïvodine se sont abstenus, Riza Halimi de la Coalition des Albanais de la vallée de Presevo n’a pas voté.

    Le point 3 de cette résolution stipule que le Parlement de la République de Serbie proclamera illégitime, illégale et invalide toute solution imposée du futur statut du Kosovo.

    Bien entendu, il est important, pour des questions aussi graves, que l’opinion publique soit informée d’une éventuelle issue négative, que l’avis des principaux acteurs politiques soit entendu en temps voulu, mais il faudrait éviter que le débat se réduise à des communiqués de partis.

    Afin d’assurer l’unité nationale dans un moment critique, avant d’amorcer des débats entre les partis, le gouvernement doit étudier le pire des scénarios. Il faut, à l’aide de sources diplomatiques, estimer les risques auxquels pourraient être exposés le pays et sa population (crise d’Etat, violences éventuelles, nouvelles vagues de migration et de réfugiés, dommages matériels, pertes territoriales provisoires ou permanentes, instabilité régionale).

    Le gouvernement doit en peser toutes les conséquences, mais aussi estimer quelle est l’importance pour l’OTAN d’inclure la Serbie dans ses rangs. Il est vrai que ces sept dernières années, malgré les traumatismes de la guerre de 1999, les rapports militaires avec les Américains ont parfois été meilleurs que les rapports politiques.

    Le gouvernement devrait bien évaluer les conséquences de tensions avec l’OTAN sur la situation du pays comme sur la population du Kosovo. Selon la Constitution serbe, les organes d’Etat ont des obligations envers le peuple serbe, partout où il se trouve. Par ailleurs, ils doivent évaluer quelles seraient les conséquences sécuritaires et diplomatiques si la Serbie se soumettait à la volonté de l’OTAN et perdait le soutien de la Russie...

    Le Conseil pour la sécurité nationale formé le 15 mai dernier devrait aussi débattre du problème. Il est composé de Boris Tadic, du Premier ministre Kostunica, des ministres de l’Armée (Dragan Sutanovac), de la Police (Dragan Jocic), de la Justice (Dusan Petrovic), le chef de l’Etat-major (Zdravko Ponos), et le directeur de l‘Agence de sécurité et d’information (Rade Bulatovic).

    Leur fonction leur permet d’en savoir plus que ce qui est écrit dans les journaux. Ou tout au moins ils devraient commencer à s’interroger.

    On peut supposer que dans le cas d’un conflit politique survenant à un moment critique, l’impact de la crise serait multiplié. La chute du gouvernement au cours d’une crise d’Etat serait dramatique. C’est pourquoi il est vraisemblable que la majorité gouvernementale trouvera néanmoins une solution au casse-tête de l’OTAN. ... Suite: Petite chronologie des relations Serbie-OTAN

Milan Miloševic
Traduit par Persa Aligrudic - Courrier des Balkans
(Vreme - 07/09/2007)


* A la suite de cet article nous ne pouvons que conseiller la lecture de celui de Franck Biancheri publié dans les colonnes du Newropeans-Magazine en juin 2007: Kosovo: La route balkanique vers l’UE commence par la détermination de 2 régions, serbe et albanaise

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Last Updated ( Monday, 10 September 2007 )
 
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In memoriam
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After a long battle against the disease Franck Biancheri passed away 30th of October 2012, at the age of 51. A great European, a militant democrat, a wonderful person.
Franck Biancheri was founder of AEGEE and founding fathers of the ERASMUS programme. He also was research director of the European thinktank LEAP 2020. In 2005, following the no of the Dutch and French to the Constitutional Treaty, Franck Biancheri founded the European citizens movement Newropeans.