Royal : L'Europe ? "mon opinion sera celle du peuple franais"

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Written by Marianne Ranke-Cormier   
Friday, 13 October 2006
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C’était sa réponse à la question sur l’entrée de la Turquie, mais elle peut en fait s’appliquer à l’ensemble de la politique européenne que Ségolène Royal entend développer dans le cadre de sa campagne pour les présidentielles françaises.

ImageNous voilà rassurés, et le peuple français surtout. Ségolène Royal entend, si elle est désignée candidate aux élections laisser le peuple décider de ce qu’il veut de l’Europe et de son avenir. L’ennui c’est que ce peuple est lui-même divisé, et si l’on en croit les derniers sondages n’y connaît pas grand-chose à l’Europe, du moins à son fonctionnement.
Selon le dernier sondage Eurobaromètre, seuls 23% des citoyens de l'Union seulement savent que l'UE, depuis l'élargissement de 2004, compte 25 membres. 52% pensent toujours que l'UE a moins de 25 membres, 20% n'ont pas d'opinion. Tout ce qu’il sait c’est que çà ne fonctionne pas, qu’il voudrait que cela fonctionne différemment et que personne, aucun de nos leaders politiques n’est capable de lui proposer un projet d’avenir qui ferait que cela fonctionne, différemment mais mieux et surtout plus démocratiquement. Remarquez les français se placent bien dans ce sondage qui aurait dû défrayer les chroniques européennes, ils sont en quatrième position, après les chypriotes, les slovènes et les luxembourgeois à donner de bonnes réponses. Vous aurez aussi noté au passage que ce sont les ressortissants des plus petits états-membres, dont deux des derniers à avoir rejoint l’UE qui se placent en tête…

Un « bon » score des français que l’on peut sans conteste attribuer aux débats sur l’Europe dont ils ont pu bénéficier lors du référendum sur le projet de la Constitution européenne. Une chance que n’ont pas eue nos amis britanniques, qui obtiennent un triste score de seulement 8% de bonnes réponses, et chez lesquels l’Europe est occultée de la vie politique, à tel point que le mot « Europe » est même banni de tous programme et discours politiques. Dans son discours d’investiture devant le Labour, Brown, n’a évoqué le mot « Europe » que pour promettre qu’il allait juguler l’immigration des travailleurs d’ « Europe » de l’est, une immigration qui devrait somme toute être tout à fait normale dans les frontières d’une UE qui prône la liberté de circulation des biens et des personnes.

Le discours de Ségolène Royal n’est pas meilleur, même si géographiquement parlant elle ne peut exclure la dimension européenne de son vocabulaire, et donc de son programme, ce qu’elle nous présente n’est plus ni moins un programme de politique nationale, une vision nationale, bref, comment la France va se défendre et défendre les français au niveau européen. Pour l’Europe elle-même rien. On n’aura donc pas avancé d’un iota depuis le référendum, soit depuis un et demi ! Pour les questions existentielles de l’Europe aucun projet en vue. L’élargissement, ou la question turque se fera selon l’opinion des français. Merci pour les autres européens !
 
En s’en remettant à cette solution de facilité, et surtout de déresponsabilisation totale, Ségolène Royal oublie que la question de la Turquie par exemple n’est pas qu’une question d’opinion des français, mais de tous les citoyens européens, et que son aboutissement (ou non) ne sera donc pas une question française, mais européenne, et aussi, on l’oublie trop souvent, turque. La France ne pourra se positionner sur l’échiquier européen qu’à partir du moment où ses leaders politiques auront compris que son avenir sera aussi d’être porteuse d’une nouvelle vision trans-européenne, et que celui qui sortirait du champ purement franco-français serait sans doute capable de gagner ces luttes intrinsèques pour le pouvoir. Les démago et populistes, l’ont bien compris eux. Mais pour Ségolène Royal, comme pour Angela Merkel, et comme pour Gordon Brown, un avenir démocratique de l’Europe est-elle si important ? Et qui pourrait croire que Ségolène Royal comme les autres, comprend quoique ce soit à l'Europe ? La vision complètement dépassée d’une « Europe de la Paix » (celle de l'Europe d'il y a 60 ans...) et initiatrice d’une énième conférence internationale sur la paix au Moyen-Orient, servirait bien à « rééquilibrer» les relations transatlantiques, comme si finement évoqué à la fin de son discours. Attendons janvier pour savoir pour qui doit rouler l’Europe de Ségo…

Marianne Ranke-Cormier 
Paris-Arriach (France-Austriche) 

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Last Updated ( Friday, 13 October 2006 )
 
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In memoriam
In memoriam
After a long battle against the disease Franck Biancheri passed away 30th of October 2012, at the age of 51. A great European, a militant democrat, a wonderful person.
Franck Biancheri was founder of AEGEE and founding fathers of the ERASMUS programme. He also was research director of the European thinktank LEAP 2020. In 2005, following the no of the Dutch and French to the Constitutional Treaty, Franck Biancheri founded the European citizens movement Newropeans.