[Save Hungarian Democracy] Orbán pousse le président Schmitt vers la sortie

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Europolitik
Écrit par François Gaillard - Hu-lala.org   
23-02-2012
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[Save Hungarian Democracy]

Dans son édition de mardi, le journal Népszava a révélé que Viktor Orbán envisagerait de pousser Pál Schmitt à démissionner de sa fonction de président de Hongrie. Le chef du gouvernement aurait par ailleurs l'intention de le remplacer par l'actuel ministre des Affaires étrangères, János Martonyi.

Lors d'une rencontre de trois jours à huis clos entre députés Fidesz à Eger la semaine dernière, le Premier ministre Orbán aurait dit vouloir «lâcher» l'ancien double champion olympique d'escrime Pál Schmitt. La raison officielle : l'onde de choc provoquée par le scandale de plagiat qui éclabousse le président dans l'opinion publique hongroise. Officieusement, le pousser vers la sortie est une façon de faire un sacrifice symbolique face au désaveu dans les sondages d'un électorat Fidesz en pleine paupérisation. La Fidesz avait pourtant réalisé le score historique de 53% aux élections législatives de 2010.

L'année 2012 avait certes mal commencé pour Pál Schmitt, qui a été accusé en janvier d'avoir plagié les travaux de Nikolaï Georgiev pour rédiger sa thèse de doctorat consacrée au programme des Jeux Olympiques en 1992. Le président dément toutefois ces accusations et son cabinet a réagi par ce communiqué : "M. Schmitt est membre du Comité International Olympique depuis 1983, il connaît Nikolaï Georgiev personnellement et ils ont coopéré lors de leurs recherches sur des sujets communs, les sources communes des deux oeuvres sont les procès-verbaux des sessions du CIO et de son comité exécutif".

Au moment où certains sondages annoncent que la Fidesz aurait perdu la moitié de son électorat, ce scandale tombe à pic pour faire un geste populaire. Selon le sondage Ipsos paru la semaine dernière, l'incertitude a gagné le corps électoral hongrois : sur un échantillon de 1500 électeurs interrogés début février, 53% ne se prononcent plus. Parmi les convaincus, les deux grands partis hongrois s'en sortiraient tout de même mieux que les autres : 40% voteraient Fidesz contre 27% MSzP, 20% Jobbik, 6% LMP et 4% Coalition Démocratique.

De toute façon, en seulement un an et demi de présidence, Schmitt a déjà bien rempli son rôle de "potiche" en validant une déferlante de lois les yeux fermés. Le parlement, acquis à la cause du gouvernement conservateur chrétien (Fidesz - KDNP), est une machine législative plus productive que jamais depuis 2010.

"Le stylo bille de la Nation"

Le 21 janvier dernier, le jour même de l'énorme manifestation pro-gouvernementale et anti-Union européenne, était organisée à Budapest une manifestation contre Pál Schmitt, l'accusant ironiquement d'être "le Bic de la nation" (le stylo bille étant d'ailleurs une invention hongroise). En effet, "armé" de son stylo et non plus d'une épée, le président Schmitt n'a jamais utilisé son droit de veto et signe ce qu'on lui demande de signer. Il a validé pas moins de 260 lois dans la seule année 2011, y compris des textes mal rédigés ! De concert avec "son" président et "son" parlement, le gouvernement a battu le record de lois votées cette année-là.

Au-delà de l'accusation de plagiat, ses détracteurs lui reprochent surtout d'avoir dénaturé la fonction présidentielle en n'étant rien de plus qu'un agent du pouvoir en place. A l'image de son prédécesseur Laszlo Solyom, un président hongrois ne se mêle habituellement pas de politique partisane, ni de politique intérieure si ce n'est pour jouer le rôle d'arbitre impartial. Avant d'être élu président par les partis parlementaires, Pál Schmitt faisait l'ouverture des meetings de Viktor Orban en campagne. Il n'a quitté la Fidesz que le jour même de son élection, le 29 juin 2010.

Depuis son arrivée au pouvoir, Viktor Orban veut imposer son style dans toutes les institutions du pays et Sándor Palota (la [modeste, ndlr] résidence du Président à côté du château de Buda) n'y a pas échappé. Le 6 août 2010, à son investiture, Pál Schmitt avait d'ailleurs lui-même annoncé la couleur : "En tant que président, je travaillerai pour que le pays adopte des lois qui servent la population". Jusqu'à ce qu'il devienne la cible de toutes les caricatures en Hongrie, Pal Schmitt faisait donc office de "président sur mesure" pour Orban.

Diplomatie et double-citoyenneté

Sur le plan diplomatique, Pal Schmitt a fait de son mieux pour porter le fantasme de Viktor Orban : rassembler les Hongrois de l'ancienne Grande Hongrie et leur donner le droit de vote pour grossir les rangs de l'électorat Fidesz. En affirmant son désaccord sur la loi linguistique slovaque, il aura au moins suivi les traces de Laszlo Solyom. Mais littéralement "guidé" par Orban, il aura fait pire, en essayant d'exacerber le sentiment nationaliste hongrois dans les pays voisins. En janvier 2011, il s'est rendu à Bratislava pour encourager les minorités hongroises à demander leur double nationalité. Le dernier épisode en date de la guéguerre avec les Slovaques a d'ailleurs mal tourné : Olivér Boldoghy, un citoyen slovaque magyarophone, a tout simplement été déchu de sa nationalité slovaque au moment où il a reçu son passeport hongrois.

Sur la question de la double-citoyenneté des Hongrois des pays voisins, l'un de ses successeurs potentiels, le ministre des Affaires Etrangères János Martonyi - natif de Cluj-Napoca en Roumanie (anciennement Kolozsvar en Transylvanie) - en connaît un rayon.

János Martonyi, futur président ?



Au printemps dernier, Népszabadság prêtait à János Martonyi l'intention de démissionner de son poste de ministre des Affaires Etrangères, lassé des nombreuses difficultés diplomatiques auxquelles il devait faire face pendant la présidence hongroise de l'Union européenne. En juin, Népszabadság rapportait cette fois que Tibor Navracsics, vice-Premier ministre et ministre de la Justice et de la Fonction publique était pressenti pour remplacer Martonyi à la diplomatie hongroise. Encore une mauvaise prévision pour Népszabadság, mais pas farfelue pour autant, puisque c'est justement Navracsis qui était la semaine dernière à Bruxelles pour s'expliquer avec Neelie Kroes devant les eurodéputés.

János Martonyi (bientôt 68 ans) avait déjà été ministre des Affaires étrangères dans le premier gouvernement Orbán, entre 1998 et 2002. Si les informations sur son compte sont correctes, Viktor Orbán est peut-être en train de commettre une nouvelle erreur en lui retirant les Affaires étrangères. Car contre toute attente, le monde occidental semble croire le discours de János Martonyi. A l'ouest, on considère cet ancien collaborateur des services secrets communistes* comme un "grand diplomate"  engagé dans une politique étrangère transatlantique. A l'inverse de son Premier ministre, il ne parle jamais des " vents de l'Est" et insiste régulièrement sur le fait que l'avenir de la Hongrie se trouve dans l'Europe. D'un autre côté, en particulier depuis janvier 2011, il s'est toujours posé comme le premier défenseur de Viktor Orban à l'étranger, fustigeant les attaques "injustes" et criant haut et fort l'engagement de la Hongrie à la démocratie.

*En avril 2007, le journaliste hongrois Péter Kende a révélé que dans les années 60, Janos Martonyi servait des rapports aux services secrets hongrois, notamment concernant les Hongrois migrant vers l'Allemagne et la France. Ces informations auraient été confirmées par la police hongroise dans les années 2000. (source : wikipedia)

François Gaillard
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Dernière mise à jour : ( 23-02-2012 )
 
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In memoriam
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After a long battle against the disease Franck Biancheri passed away 30th of October 2012, at the age of 51. A great European, a militant democrat, a wonderful person.
Franck Biancheri was founder of AEGEE and founding fathers of the ERASMUS programme. He also was research director of the European thinktank LEAP 2020. In 2005, following the ´no’ of the Dutch and French to the Constitutional Treaty, Franck Biancheri founded the European citizens movement Newropeans.