[CinéEurope] CSS : l’éthique grecque, l’amour portugais et l’espoir basque

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Culture
Écrit par Robert Scarcia   
07-10-2011
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"Unfair World", ou (Monde injuste) c’est le film du réalisateur grec Filippos Tsitos, la tendre histoire d’un policier qui pardonne toujours les délinquants qu’il considère victimes des injustices de la société.

Par une heureuse coïncidence, le tournage du film qui avait été pensée d’abord en 2003 a été retardé de quelques années pour être complété cette année en pleine crise en Grèce. Ce film hellénique présente des personnages qui non sans un certain courage font des choix à contre-courant. « Il s’agit d’un hymne aux choix éthiques », a expliqué M Tsitos, qui a souligné que le monde a tourné le dos à la morale civique piégeant tout un chacun dans un engrainage diabolique avec lequel il convient de collaborer pour s’en sortir. « J’ai voulu poser la question d’un alternative à cet état de fait ». Le constat qu’il dresse dans le film laisse de l’espoir : il y a encore des gens suffisamment moraux pour faire des choix justes qui selon le réalisateur « pourraient améliorer le monde ».

Le personnage principal du Monde injuste de Filippos Tsitos évoque un peu le brave cardinal Melville, interprété par Michel Piccoli dans la dernière œuvre de Nanni Moretti, le pape qui ne voulait pas être pape devant la tache immense qui lui incombait. Ici le policier grec prend des responsabilités personnelles qui impliquent des conséquences graves, mais comme dans le film de Moretti, il n’y a pas de solution idéale qui puisse indiquer une seule voie de sortie de la crise . On songe bien sûr à la crise grecque actuelle.

Sangue do meu sangue, Sang de mon sang est le film portugais signé par le réalisateur Joao Canijo ancien main droite du maître Manoel de Oliveira et présente la dure réalité sociale d’une banlieue populaire de Lisbonne.

Le film est un hymne à l’amour inconditionnel d’une mère pour ses enfants dans un contexte social difficile où se mêlent violence, commerce de drogue et érosion des anciennes valeurs morales. Par pur amour et courage la mère arrive à sauver la fille d’une relation amoureuse avec un homme marié et une tante essaie de sauver le neveu de l’emprise des caïds du quartier. Le film est trop réaliste pour un « happy ending hollywoodien » mais la victoire appartient aux tenants de l’amour. La réalité des quartiers populaires est rendue remarquablement par le son de la télé toujours allumé et la culture de la consommation qui affecte tragiquement les moins nantis et qu’avait anticipé Pier Paolo Pasolini en son temps. Ceci s’exprime par l’importance que l’une des personnages donne à une… implantation mammaire à la silicone.

Sur le plan technique M Canijo fait tourner la caméra dans les lieux les plus exigus de cet appartement populaire ; parfois même présente les dialogues sont décalés par rapport aux scènes : ce qui permet au spectateur de s’imprégner de la réalité de la vie quotidienne, même si parfois le résultat n’est pas évident.

Il faut espérer que ces deux film qui conjuguent ensemble morale et désintéressement soient un signe d’un renouveau au cinéma engagé à fort contenu social dans les cinématographies d’Europe méridionales.

Terminons cette chronique avec un film hors compétition officielle, le basque « Au final du tunnel ». Un documentaire sur la situation politique actuelle du Pays Basque espagnol, la fin des actions terroristes de l’ETA.

Le documentaire donne la parole à une série de personnes dont la vie a été marquée par l’organisation séparatiste basque : des anciens militants sortis de prison, des victimes d’actions terroristes et des victimes des assassinats du GAL, les barbouzes qui à une époque ont décidé de combattre l’ETA avec le terrorisme. Ce collage de vécus tragiques d’ordre différent est uni par le commun dénominateur de la souffrance des personnes. La fin du tunnel rappelle avec tristesse que même si la paix au Pays Basque semble proche avec la fin de l’ETA, la réconciliation de fond n’est pas pour demain.

Ces films ont été présentés au dernier festival de cinéma de Saint-Sébastien de septembre 2011.

Robert Scarcia*
Saint-Sébastien, Espagne
(Combats Magazine)


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*
Robert Scarcia, Canadien expatrié qui vit à Hendaye à la frontière espagnole. Grand reporter et chroniqueur du monde hispanique. Il collabore notamment à Combats Magazine et eurocanada.info
 


Dernière mise à jour : ( 07-10-2011 )
 
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In memoriam
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After a long battle against the disease Franck Biancheri passed away 30th of October 2012, at the age of 51. A great European, a militant democrat, a wonderful person.
Franck Biancheri was founder of AEGEE and founding fathers of the ERASMUS programme. He also was research director of the European thinktank LEAP 2020. In 2005, following the ´no’ of the Dutch and French to the Constitutional Treaty, Franck Biancheri founded the European citizens movement Newropeans.