Saint-Sébastien: Loyauté du révolutionnaire et résistance poétique de la dame du troisième âge

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Culture
Écrit par Robert Scarcia   
24-09-2010
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Comme à chaque fin d’été depuis 58 années le grand écran bat son plein à Saint-Sébastien. La compétition cinéphile pour la prestigieuse Coquille d’Or, dont le jury est présidé ce 2010 par M Goran Paskaljevic présente ce 2010 dix-huit films de trois continents, sans conter les sections « Perle du cinéma Zabaltegi », « Horizons latino-américains », « Made in Spain » et une rétrospective dédié à Don Siegel.

Clin d’œil au Mexique où l’on célèbre cette année le bicentenaire de l’Independence et le centenaire de la révolution, le premier film en compétition et le premier objet de notre chronique s’intitule « Chicogrande », le nom du fidèle compagnon de Pancho Villa et héros des légendes populaires qui racontent comment « Chicogrande donna sa vie pour sauver Pancho Villa blessé ». Le film prend la forme du western et il est difficile de ne pas y voir l’empreinte des westerns spaghetti du maestro Sergio Leone ainsi que ceux de Clint Eastwood, réalisateur. L’histoire se déroule au moment de l’intervention militaire des Etats-Unis au Mexique en 1916. Cellec-ci vise à capturer Pancho Villa qui vient de perpetréter un raid dans la ville de Columbus, Nouveau Mexique pour s’approvisionner en armes et munitions et « donner aux gringos un goût de sa révolution ». « La figure de Villa est tangentielle » a expliqué en conférence de presse le directeur du film Felipe Cazals : « le personnage de Chicogrande, lui par contre, représente la loyauté à une cause. A notre époque la fidelité à l’égard des idéaux ou des personnes est rare ». Voici donc que Chicogrande , ce héros inconnu qui se sacrifie pour trouver un médecin pour son chef blessé sans demander en contrepartie ni la gloire ni la commémaoration, devient un symbole qui nous rappelle l’importance et de la dignité des causes et de la valeur de la loyauté à leur égard.

Mais le message de Chicogrande va au-delà des frontières du Mexique et d’Amérique latine et ne se limite pas à un rappel d’ordre moral : les dialogues, les comportements des soldats américains intervenus au Mexique pour « capturer le tête du chef rebelle » coupable d’avoir attaqué le territoire des Etats-Unis sont très contemporains. « Il est évident qu’il y a dans le film un parallélisme avec les invasions américaines plus récentes où les GI s se retrouvent dans des pays dont ils ne parlent ni la langue et ne comprennent pas la culture » rappelle le directeur du film.

Hors compétition officielle, dans la session « Perles du cinéma Zabaltegi » nous signalons un véritable hommage cinématographique coréen à la poésie. « Poetry » poésie du sud-coréen Lee Changdong interprété magistralement par l’actrice Yun Junghee est l’histoire d’une élégante dame du troisième âge qui souffre des premiers symptômes de la maladie d’Alzheimer et qui s’inscrit à un cours de poésie au centre culturel de sa ville de province.

Mais la poésie se transforme pour la dame élegante et digne tentative désespérée pour s’accrocher à la vie et se nourrir l’âme de beauté dans un contexte marqué par la tragédie, la brutalité, l’opportunisme et la vulgarité qui entourent son quotidien. La poésie devient une formule de résistance culturelle et humaine sur fond d’images tragiques. Le fleuve noir est une métaphore de la vie qui passe, inexorable.

Si le cinéma est effectivement un moyen qui nous aide à détecter les humeurs du monde, cette 58 ième édition du Festival International du cinéma de Saint-Sébastien a débuté sur une note positive. Que ce soit dans la loyauté aux grandes causes de justice sociale du Mexique ou alors dans la recherche désespérée de la beauté poétique comme résistance à la déchéance morale de la Corée, on peut dire qu’occident et orient recherchent mutuellement la dignité humaine.

Robert Scarcia*
Saint-Sébastien, Espagne
(Combats Magazine)


-> Site officiel de la 58e édition du Festival International du cinéma de Saint-Sébastien



*
Robert Scarcia, Canadien expatrié qui vit à Hendaye à la frontière espagnole. Grand reporter et chroniqueur du monde hispanique. Il collabore notamment à Combats Magazine et eurocanada.info
 


Dernière mise à jour : ( 24-09-2010 )
 
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In memoriam
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After a long battle against the disease Franck Biancheri passed away 30th of October 2012, at the age of 51. A great European, a militant democrat, a wonderful person.
Franck Biancheri was founder of AEGEE and founding fathers of the ERASMUS programme. He also was research director of the European thinktank LEAP 2020. In 2005, following the ´no’ of the Dutch and French to the Constitutional Treaty, Franck Biancheri founded the European citizens movement Newropeans.