|
Qui aura écouté Vaclav Klaus jusqu'au bout?
Qualifié de "vieux" démon nationaliste et anti-européen, il n'aura pas su faire entendre la voix des Tchèques dans une Europe amnésique et dont nos dirigeants ne connaissent pas l'histoire! Il faut dire qu'il n'y avait pas mis du sien au préalable, dans une Europe bon ton, bon teint, politiquement correcte, certains de ses dérapages, depuis la culture trash de la présidence européenne jusqu'à ses déclarations anti-conformistes, n'ont pas soulevé de grands élans de compréhension. Bousculé même par Barroso, et moqué par Brown (faudra voir là-bas comment se fera la passation vers les conservateurs...) Vaclav Klaus qui se tenait à l'intégrité de son pays aura dû "coucher", comme l'a si élégamment exigé le président de la Commission européenne, sa signature au bas du Traité.
Cependant, et loin de soutenir que Vaclav Klaus est honnête dans ses discours, il aurait été intéressant de resservir une petite page d'histoire. Certaines raisons historiques méritent que l'on s'y arrête pour réfléchir sur les conséquences des actes qui remettent en cause des situations non encore établies, même en Europe, même si la lecture de cette histoire confronte deux antagonistes de poids, Vaclav Klaus, un rescapé des rouages de l'ex système communiste, et Bernd Posselt, député européen CSU, le plus grand défenseur des droits des Allemands des Sudètes. Posselt n'est pas un tendre et il voue une haine à Klaus, tout comme une haine à tout ce qui pourrait s'opposer à une reconnaissance de l'expulsion (Vertreibung) des Allemands des Sudètes à la chute du IIIème Reich.
Je ne vais pas resservir ici cette page d'histoire. Il n'est pas question non plus de prendre fait et cause pour l'une ou l'autre des parties. Mais la question qui se pose aujourd'hui dans une Union européenne dont on pensait pourtant les blessures pansées et les frontières immuables, est de savoir jusqu'à quel point, les Allemands, et les Hongrois (on voit donc toute l'étendue du défi historique), définitivement expulsés de cette "enclave" dans le territoire tchèque (et slovaque! - bis), à la fin de la deuxième guerre mondiale, et contre les revendications desquels la République tchèque brandit les décrets Benès, sont légitimes à réclamer la restitution de leurs droits, de leurs terres, voire de leur territoire? Il n'est pas question de renier un quelconque droit à réparation, mais cela doit se faire dans un cadre légal, or ce cadre-là n'est garanti par aucune disposition, aucun accord. Si ce n'est qu'en les appliquant à la lettre, le Traité de Lisbonne et la la Charte des Droits fondamentaux leur garantissent ce droit, ce que Vaclav Klaus a tenté d'éviter à tout prix en refusant de se soumettre à cette Charte.
Avec la signature du Traité de Lisbonne sans condition le gouvernement tchèque aura-t-il la garantie de son intégrité territoriale?
La réponse vous parait évidente? Allez donc le dire aux Allemands des Sudètes.
Pour les Allemands des Sudètes les décrets Benès sont l'acte d'une véritable épuration ethnique (les allemands et hongrois des Sudètes représentaient environ un quart de la population) en vue d'établir un pays qui ne compterait que des citoyens tchèques et slovaques. Contrairement aux procédures qui avaient été mises en place par l'état allemand pour le dédommagement des personnes qui avaient été expulsées, ou fui sous le joug communiste, et dépouillées de tous leurs biens en Pologne, Hongrie, etc..., la procédure est ici beaucoup plus complexe. Car ce n'est pas un simple dédommagement que réclament les Allemands des Sudètes regroupés au sein d'associations mais aussi et malheureusement de partis politiques extrêmes (oui le CSU n'est autre qu'une expression régionaliste qui fleurte avec l'extrémisme), pour la défense de leurs intérêts particuliers, allant jusqu'à réclamer leur propre Ministre des affaires étrangères au sein du gouvernement allemand, siégeant même au Parlement européen, mais bien le retour à la terre et une véritable reconnaissance d'une entité "ethnique" et territoriale autonome, dans le cadre d'une Europe des régions fondées sur ses ethnies... Même s'ils ne font pas la majorité, ils sont sur l'avant-scène et desservent sans doute davantage un dossier qui mérite enfin que l'on y regarde.
Certes, nous ne sommes plus en 1938, mais ce litige des Sudètes ne doit pas être déconsidéré, ce n'est pas juste un prétexte pour "retarder la construction européenne" mais un appel à une véritable réflexion sur les enjeux de deux entités qui s'affrontent. Entre Posselt, le porte-parole des Allemands des Sudètes réputé pour son intransigeance sur ce dossier, et Vaclav Klaus qui se tient à ses décrets Benès, lequel est le plus cynique? le plus nationaliste? le plus extrémiste? Les Européens dans leur ensemble ont une responsabilité historique à assumer (car rappelons le, les décrets Benès avaient été préparés par le gouvernement tchècoslovaque en exil, après les accords de Munich de 1938, et entérinés par la conférence de Postdam en 1945, ils ne sont donc pas d'obédience soviétique).
Le diable se cache dans les détails comme disent les Allemands ... et avec le Traité de Lisbonne et son contenu bâclé et obscur, il est certain que nous n'avons pas fini de voir de vieux démons européens ressurgir.
Willy Bauer
Linz, Autriche
lectures:
- Wikipedia
- decrets Benès
- "Sudetendeutsches Außenministerium" gefordert - Merkur online
- Klaus's Lisbon related demand is cynical game - Posselt - Noviny.cz
- http://www.sudeten-by.de/f0.htm
* Article 21 de la Charte :
Non-discrimination :
1. Est interdite, toute discrimination fondée notamment sur le sexe, la race, la couleur, les origines ethniques ou sociales, les caractéristiques génétiques, la langue, la religion ou les convictions, les opinions politiques ou toute autre opinion, l’appartenance à une minorité nationale, la fortune, la naissance, un handicap, l’âge ou l’orientation sexuelle.
2. Dans le domaine d’application du traité instituant la Communauté européenne et du traité sur l’Union européenne, et sans préjudice des dispositions particulières desdits traités, toute discrimination fondée sur la nationalité est interdite.
* Décrets Bénès attaquables sur ce fondement :
- 5/1945 Sb. - Décret du président de la République du 19 mai 1945 sur la non-validité de certaines transactions sur des biens mobiliers et immobiliers durant la période de non-liberté et concernant la tutelle administrative des biens des ressortissants allemands, hongrois, traitres et collaborateurs de certaines organisations et associations
- 12/1945 Sb. - Décret du président de la République du 21 juin 1945 sur la confiscation des biens immobiliers agricoles des Allemands et des Hongrois en tant que traitres et ennemis des nations tchèque et slovaque.
- 16/1945 Sb. - Décret du président de la République du 16 juin 1945 sur le châtiment des criminels nazis, des traitres et de leurs complices et sur les procès populaires extraordinaires.
- 27/1945 Sb. - Décret du président de la République du 17 juillet 1945 sur l’administration centralisée du peuplement intérieur.
- 28/1945 Sb. - Décret du président de la république du 20 juillet 1945 sur le peuplement des terres des Allemands, Hongrois et autres ennemis de l’État par les agriculteurs tchèques, slovaques ou slaves.
- 33/1945 Sb. - Décret constitutionnel du président de la République du 2 août 1945 sur le retrait de la citoyenneté tchécoslovaque des ressortissants des minorités allemande et hongroise.
- 108/1945 Sb. - Décret du président de la République du 25 octobre 1945 sur la confiscation des biens ennemis et sur les fonds
de reconstruction nationale.
cf: http://www.decapactu.com/spip/article.php3?id_article=474
This e-mail address is being protected from spam bots, you need JavaScript enabled to view it
|