Récession, crispations, démissions : la Roumanie s’enfonce dans la crise

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Written by Mehdi Chebana   
Thursday, 08 October 2009
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À six semaines du scrutin présidentiel, la Roumanie est confrontée à une grave crise économique, sociale et politique. Pour enrayer la récession, le gouvernement a en effet pris des mesures d’austérité qui ont suscité la colère des salariés, des syndicats et des retraités. Mercredi, plus de 20.000 manifestants se sont réunis à Bucarest ...


À six semaines du scrutin présidentiel, la Roumanie est confrontée à une grave crise économique, sociale et politique. Pour enrayer la récession, le gouvernement a en effet pris des mesures d’austérité qui ont suscité la colère des salariés, des syndicats et des retraités. Mercredi, plus de 20.000 manifestants se sont réunis à Bucarest pour réclamer la démission des démocrates-libéraux, seuls aux commandes depuis l’éclatement de la coalition gouvernementale la semaine dernière.

Certains portaient des masques de monstres ou des costumes de Père Noël, d’autres leurs (vrais) uniformes de policier ou de marin, le tout dans une joyeuse cacophonie de tambours, trompettes et sifflets... Et pourtant, les 20.000 manifestants réunis mercredi devant le le siège du gouvernement roumain sont venus crier leur colère. Pas faire la fête.

À l’initiative des principaux syndicats du pays, ils ont tenté de donner de la voix contre les mesures anti-crise exigées par le Fonds monétaire international (FMI). Mission accomplie.

« Nous ne voterons plus pour vous ! », « Nous mourons, vous mourez ! », « À bas le gouvernement ! », ont-ils lancé en chœur contre le cabinet du libéral-démocrate Emil Boc, contraint de réformer les régimes de salaires et retraites pour obtenir la totalité des 20 milliards d’euros consentis par le bailleur international.

Sous un soleil généreux, les dirigeants syndicaux, du public comme du privé, ont prôné l’unité pour faire entendre leurs doléances. Ils se sont dits contre la loi sur l’harmonisation et le gel des salaires dans la fonction publique jusqu’en 2011, contre la suppression de 130.000 postes de fonctionnaires l’an prochain, contre l’extension de l’âge moyen du départ à la retraite à 65 ans [1], contre les hausses de la TVA et de l’impôt sur le revenu. En bref, contre le plan d’austérité du gouvernement.

Plus grosse mobilisation depuis dix ans

« On nous dit qu’il faudra prendre dix jours de congé sans solde avant la fin de l’année, mais, dans la pratique, c’est complètement infaisable », s’agace Hodiş Chelement, président du Syndicat des métiers de santé du département de Salaj (nord-ouest). « Les hôpitaux manquent de personnel, beaucoup de médecins et d’infirmières ont fui à l’étranger, comment voulez-vous que le système fonctionne si l’on part tous en congé ? »

Venus par autocars des quatre coins de la Roumanie, ces milliers de policiers, enseignants, ouvriers, dockers, médecins, acteurs ou étudiants ont aussi demandé une hausse de 15% du salaire minimum qui s’élève actuellement à 145 euros.

« Avec 600 lei par mois [environ 150 euros] en début de carrière, un marin non qualifié ne touche pas assez pour se loger, se chauffer, se nourrir et se soigner décemment », estime Iberiu Caramiciu, le représentant du Syndicat libre des marins de Constanţa (sud-est). « Nous sommes donc venus réclamer une hausse indispensable de nos traites. Mais aussi afficher notre solidarité envers tous ces fonctionnaires qui subiront une nouvelle loi pleine de lacunes et d’injustice. »

Cette manifestation, la plus importante depuis dix ans, constitue un franc succès pour les syndicats, après le coup de colère retentissant des magistrats en septembre [2], et la grève des 800.000 salariés de la fonction publique lundi 5 octobre.

« Si nous ne sommes pas entendus, nous nous remettrons en grève », menaçaient-ils déjà à la fin du rassemblement.

Marasme économique et politique

Avec un chômage qui a doublé en un an, une contraction de l’économie estimée à 8,5% pour 2009 [3] et un recul de la production industrielle qui avoisine les 6% en un an, la Roumanie a été très fortement touchée par la crise internationale.

Pour sortir le pays du marasme, le FMI, l’Union européenne et la Banque mondiale lui ont accordé, en mars, un prêt de 20 milliards d’euros dont Bucarest a déjà touché deux tranches. Mais ce prêt était conditionné, dès le départ, à l’adoption des profondes réformes concernant les salaires et les retraites.

Or, la coalition gouvernementale entre le Parti démocrate-libéral (PDL) du Président Traian Băsescu et le Parti social-démocrate (PSD) de Mircea Geaona a éclaté la semaine dernière, ce qui inquiète aujourd’hui le FMI censé débloquer une dernière tranche au mois de décembre.

Les démocrates-libéraux se retrouvent donc seuls aux commandes, alors même qu’ils sont menacés par une motion de censure déposée par l’opposition libérale et qui sera débattue au Parlement mardi prochain.

À moins de deux mois de l’élection présidentielle, le Président Băsescu, candidat à sa propre succession, pourrait être contraint de nommer un autre Premier ministre qu’Emil Boc pour former un nouveau gouvernement.

Mehdi Chebana
Bucarest, Roumanie
Le Courrier des Balkans


[1] L’âge moyen de départ à la retraite est actuellement de 59 ans pour les femmes et 64 ans pour les hommes. Il passera à 65 ans pour les femmes et les hommes d’ici 2030, selon la réforme du système initiée par Emil Boc.

[2] Le mouvement est suspendu jusqu’au 31 octobre prochain.

[3] Source : Fonds monétaire international (FMI).





Last Updated ( Friday, 09 October 2009 )
 
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17 Rue de l'Aubrac
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A l’heure où les discours et les mesures sécuritaires et judiciaires se durcissent dans nombreux pays européens, où l’on sait les atteintes aux droits les plus élémentaires et aux principes fondamentaux des simples citoyens, quels traitements sont réservés à ceux qui tiennent les pouvoirs politiques, financiers, économiques entre leurs mains? Une conférence-débat organisée dans le cadre du cycle La démocratie en danger par Les Amis de Beppe Grillo à Paris et le NewropMag.

Intervenants: les députés européens Luigi De Magistris, Sonia Alfano et Rosario Crocetta ; Harald Greib, vice-président de Newropeans en charge des affaires des institutions européennes ; Eric Alt, magistrat, membre de l’association MEDEL (magistrats européens pour la démocratie et les libertés) et de l’association Anticor, et Corinne Lepage, députée européenne et ex Ministre de l’environnement, engagée dans la lutte contre la corruption politique et financière.

Parmi les sujets de discussion:
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